Comité national olympique et sportif français

Comité national olympique et sportif français

Ancien site, retrouvez le nouveau : cnosf.franceolympique.com


 

Jean-Christophe Rolland, la continuité

 

Champion olympique 2000 en deux sans barreur avec Michel Andrieux, double champion du monde (1993, 1997), monté sur tous les podiums mondiaux et olympiques d'aviron entre 1993 et 2000, Jean-Christophe Rolland a mené parallèlement une carrière d’ingénieur à EDF. Il est aujourd’hui installé à Londres, travaillant dans le cadre du partenariat de son entreprise avec le comité organisateur des Jeux 2012. Egalement présent dans les instances internationales de son sport , il raconte un parcours mené dans la continuité.

Ambiance aviron
Je suis né le 3 juillet 1968 à Condrieu, dans la région lyonnaise. Nous étions quatre enfants, dans une famille qui nous donnait accès aux activités extra scolaires. J'ai fait de la musique (piano et clarinette), mais pour nous, les garçons, c’était plutôt le sport qui nous attirait. J’ai tâté au rugby et à la natation. A l'automne 1980, à 12 ans, je me suis inscrit au club d’aviron de Condrieu, suivant mon frère qui l'avait fait un an plus tôt. Cette discipline correspondait parfaitement à mes critères, à l’idée que je me faisais du sport. Il y avait cette ambiance familiale, ces copains. Nous passions beaucoup de temps ensemble. Ce n’était pas le club où on dépose les gamins et où on vient les rechercher juste après la séance d’entraînement. Il y avait une vraie vie. Une génération de potes, de forts liens d’amitié. L’ ambiance était fabuleuse. En cadets, j’ai rejoint le club de Lyon, j'y ai retrouvé un environnement identique. Et j’y suis resté. Durant toute ma carrière sportive, je n’ai connu que ces deux clubs !

Jean-Christophe et Michel
Le chemin vers le haut niveau international s’est construit pas à pas. Chaque année, la barre montait plus haut : les objectifs et l’investissement. En juniors, en espoirs. Il me reste ces souvenirs de moments partagés, comme ce huit juniors avec lequel nous faisions de super courses, notamment contre les séniors. L’envie, la passion, se sont donc construits petit à petit en ce qui me concerne, même si à un moment, à Lyon, en perte de repères, je suis parti. Mais mon entraîneur de l’époque, Robert Dorel (aujourd’hui décédé) m’a rappelé, et m’a fait changer d’avis. « Reviens nous voir » m’a-t-il dit. Je suis revenu et je ne suis plus jamais reparti. Restant, depuis le début, un rameur de pointe et toujours positionné bâbord, j’ai fait la rencontre décisive en 1989. Lors d’un stage de reprise en équipe de France, nous faisions des essais avec des paires croisées. J’ai été associé à Michel Andrieux. Et nous nous sommes mis à gagner tous les tests. Cela a tout de suite très bien fonctionné entre nous. Nous avons atteint le top et avons duré… une décennie. .

Ingénieur et champion du monde
A partir de 1990, nous devenons, Michel et moi, la meilleure paire française en deux sans barreur. Nous allons ramer soit en deux, soit en quatre avec des hauts, des bas, et beaucoup de travail et d’investissement. En 1991, nous nous classons 5e des championnats du monde. Aux Jeux de Barcelone 1992, nous finissons 4e de la finale.


Roudnice 1993

Là, je décide de m’arrêter. J’ai en poche mon diplôme d’ingénieur et je crois fermement qu’il est impossible de concilier parcours professionnel et vie de sportif de haut niveau international. C’est mon postulat, mais il va vaciller à travers de nombreux échanges avec des acteurs du monde économique qui m’expliquent que cela peut être possible. Me voilà donc en 1993, ingénieur à la centrale nucléaire du Bugey chez EDF et champion du monde en quatre sans barreur avec Michel, Daniel Fauché et Philippe Lot.

Ce titre, remporté aux Mondiaux de Roudnice en République Tchèque, c’est un sacré moment ! La France commençait juste à revenir dans le concert international, mais jusque là, on considérait plutôt que parvenir en finale était un exploit. Tout est désormais en place. La Fédération, dont Denis Masseglia est le président, bouge, Eberhard Mund est le directeur des équipes de France, l’encadrement est performant. Une équipe gagnante est née. Nous sommes décomplexés. Désormais, nous sommes craints au plan international et ambitieux à chaque fois que nous nous alignons en finale. C’est simple : avec Michel Andrieux, nous ne serons plus jamais absents des podiums aux Mondiaux et aux Jeux Olympiques, de 1993 à 2000 !


Aiguebelette 1997

Couronnés à la maison
En 1994, nous sommes vice-champions du monde en deux sans barreur à Indianapolis et, paradoxalement, c’est une déception sur le coup. Nous étions restés invaincus durant toute la saison et nous avons été battus par les Italiens lors d'une finale reportée en raison des conditions climatiques. En 1995, nous remportons le bronze aux Mondiaux de Tampere. En 1996, nous montons sur la 3e marche du podium aux Jeux d’Atlanta, la première médaille de l’aviron français depuis les Jeux de Tokyo en 1964 ! Nous ouvrons la voie pour Samuel Barathay et Frédéric Kowal en deux de couple, et Gilles Bosquet, Daniel Fauché, Olivier Moncelet et Bertrand Vecten en 4 sans barreur, Helène Cortin et Christine Gossé qui montent aussi sur le podium. Quatre médailles pour la France, c’est exceptionnel. Michel et moi allons vivre un très grand moment en devenant champions du monde 1997 à la maison, sur le bassin d’Aiguebelette. Une pression intense, un plaisir immense. Nous disputons une finale géniale contre le bateau canadien qui s’écroule à la fin quand nous le dépassons et qui ne finit que 4e. Grandiose.

L’année sabbatique
Après ce titre, nous prenons une année sabbatique. Enfin, sabbatique dans l’esprit de Michel, qui est prêt à repartir en 1999, alors que pour ma part, j’ai plutôt décidé d’arrêter ma carrière sportive. Je vais réfléchir. Durant l’été 1998, je suis au Canada en voyage de noces et je passe devant le bassin des Mondiaux 1999 à Sainte Catherine en me disant « Est-ce que j’y serais ? ». Finalement, avec mon épouse, je prends la décision de repartir. Je téléphone à Michel Andrieux, puis à notre entraîneur Dominique Basset, je leur dis « on y va ! ». Nous savons que ce sera dur. Nous ne sommes pas attendus. Rien ne sera facile. Nous commençons par retrouver notre niveau au plan national et nous voilà aux championnats du monde canadiens où nous réussissons à prendre une exceptionnelle médaille d’argent... Là, nous nous disons que nous avons le potentiel pour les Jeux de Sydney !


Sydney 2000

L’apothéose à Sydney
Nous préparons ces Jeux dans la difficulté. Nous réalisons par exemple une mauvaise performance lors de l'épreuve de Coupe du monde qui précède notre départ à Sydney. Un peu rincés de s’être tellement entraînés ! La préparation finale sera très bénéfique. Et sur place, dans le bassin de Penrith, nous retrouvons notre technique. Nous sommes également au point physiquement. Les étapes avant la finale démontrent notre potentiel retrouvé. Tout est en place pour une finale d’anthologie. En fait, savons que nos rivaux nous attendent sur un démarrage dans les derniers 500m. Nous décidons d'accélérer beaucoup plus tôt, avant la mi-course ! Et nous ne lâchons pas, mais que c'est dur! Nous produisons un des plus rapides 3e 500m de l’histoire, en tout cas pour nous, alors que ce n'était pas notre point fort. Nous tenons jusqu'au bout et nous allons chercher la médaille d’or devant les Américains, les Australiens et les Anglais pourtant favoris ! Nous finissons cuits, cramés et fous de bonheur. Aujourd’hui encore, le chef d'équipe de l’aviron anglais montre notre course en référence pour ce qui est de la motivation, de l’engagement, de la volonté de gagner et du dépassement de soi. Une fois passée la ligne d’arrivée, le plus beau de nos titres en poche, j’en ai terminé de ma carrière sportive. J’ai 32 ans. Rien n’empêcherait de faire une olympiade de plus, mais tout est clair dans ma tête. Je ne me pose même pas la question : j’arrête.

Pas de rupture mais de la continuité
Dans mon cas, entre la carrière sportive et la vie professionnelle, il n’y a eu aucune rupture. Après le bac, j’ai fait math sup/math spé puis l’école d’ingénieurs ESCPE de Lyon. En 1993, j’ai été embauché par EDF. J’ai suivi tout ce cursus en m’investissant autant que possible. Au travail, je ne pensais qu’à accomplir ma mission. Dans le bateau, je ne pensais qu’à progresser. C’était mon équilibre et ma passion. Même avec 5 ou 6h d’entraînement par jour. C’est bien plus enrichissant de tout mener de front ! Bien entendu, dans mon travail, je disposais d'aménagements et de souplesse d'organisation. Certains athlètes perdent leurs repères losque leur leut carrière sportive des athlètes s’achève. Ils se disent « mais qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Me reconvertir ? ». Je n'ai pas vécu cette situation. Au lendemain de notre médaille d’or à Sydney, j’étais au bureau. Il n'y a pas eu de reconversion, mais de la continuité.

Un pied dans le milieu sportif
Aujourd’hui, je suis un élu de la fédération internationale d’aviron. Je suis président de la commission des athlètes depuis 2001 et membre du comité exécutif depuis 2004. Je garde un lien avec mon sport. A EDF, j’ai exercé plusieurs postes d’ingénieur en centrale nucléaire. J'ai ensuite migré vers la branche commerciale, dans le contexte de l’ouverture du marché à la concurrence. Entre 2006 et 2008, j’ai exercé la fonction de Directeur des Ressources Humaines d’une unité régionale (500 personnes). Maintenant, je travaille à Londres, en tant que directeur "business-développement" dans le cadre du partenariat de mon entreprise avec le LOCOG (comité d’organisation des Jeux de Londres 2012). Il mise sur des Jeux répondant aux exigences du développement durable. A ce titre, Nous voulons notamment fournir une solution « bas carbone » pour la torche et le chaudron olympiques. Nous avons fait une grande consultation interne en sollicitant tous nos salariés. Je recueille actuellement toutes les données. Nous ferons ensuite valider la solution par le LOCOG et le CIO.

Il faut être bien préparé
En conclusion, je ne veux donner de conseil à personne. Je veux juste rappeler qu’il faut vraiment être bien préparé. Il faut anticiper. Ne jamais parler de reconversion, de rupture, mais faire en sorte que le jour où la carrière sportive s’arrête, tout doit déjà être construit autour de soi.



Retrouvez les sites officiels des Jeux à venir...




Jeux Olympiques de la XXXIe Olympiade
Rio de Janeiro (Brésil)
5-21 août 2016