Comité national olympique et sportif français

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Anvers 1920

 

La fiche

Jeux de la IXe Olympiade

Date d'ouverture : 20 avril 1920
Date de clôture : 12 septembre 1920
Ville candidate : Amsterdam (NED) et Lyon (FRA) qui se désistèrent avant le vote au profit d’Anvers. Rome (Italie) et Budapest (Hongrie) s’étaient portés candidats en 1914 mais n’avaient pas renouvelé la candidature après guerre. Atlanta, Cleveland (États-Unis) et La Havane (Cuba) s’étaient également montrés intéressés sans pour autant poser de candidature.

Participation :
29 CNO (Nations)
2 669 athlètes (78 femmes, 2 591 hommes)
154 épreuves

Ouverture officielle des Jeux : Sa Majesté le Roi Albert
Serment olympique par : Victor Boin (water-polo/escrime)



Sports au programme :
Natation - Tir à l'arc - Athlétisme - Boxe - Cyclisme - Sports équestres - Football - Escrime - Gymnastique - Hockey - Pentathlon moderne - Polo - Aviron - Rugby - Voile - Tir - Tennis - Lutte à la corde - Haltérophilie - Lutte - Patinage

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Contexte


La cérémonie d'ouverture


Anvers et malgré tout

Les Jeux Olympiques de 1916 avaient été prévus à Berlin, mais le conflit mondial avait logiquement interféré avec ce projet et l’évènement olympique connut sa première annulation. En 1919, Anvers fut finalement retenu par le CIO pour organiser les Jeux de 1920, en hommage aux souffrances infligées au peuple belge au cours de la guerre. Aux lendemains des Jeux interalliés de 1919, le CIO reprenait la main sur l’évènementiel sportif international, en l’absence cependant des Allemands, mais aussi des Autrichiens, des Hongrois, des Turcs et des Bulgares, exclus par le Comité d’organisation, malgré l’avis contraire du Baron de Coubertin. La Russie, en pleine guerre civile, ne prend pas part aux Jeux olympiques, que l’URSS ne retrouvera finalement qu’en 1952.


Cette année 1920 fut particulièrement riche sur le plan international. En janvier, le 18ème amendement, décrétant la prohibition de la consommation de boissons alcoolisées, entrait en vigueur aux Etats-Unis et le Sénat américain votait contre l'adhésion à la Société des Nations. En avril, les Américains intervenaient militairement pour protéger leurs intérêts dans un Guatemala en pleine crise politique. Ce même mois, le Mexique connaissait une révolution menée par trois généraux qui se concluait, en mai, par l’assassinat du président Carranza en fuite.
Le 23 juillet, le Kenya devenait une colonie de la couronne britannique. Le 13 août, à New-York, se tenait la première convention de l’Universal Negro Improvement Association qui, sous l’inspiration du leader noir Marcus Garvey, adopta la Déclaration des droits des Peuples nègres du monde. Alors que la présence des femmes restait toujours exceptionnelle aux Jeux olympiques (moins de 80 femmes présentes à Anvers), le 26 août, le 19ème amendement accordait le droit de vote aux femmes américaines.

Au début de ce mois d’août, le Mahatma Gandhi commençait sa campagne de désobéissance civile. Entre avril et août, les conférences de Sèvres, de San Remo et le Traité du Trianon offrirent pour un temps une issue à un certain nombre de dossiers internationaux : mandat sur la Palestine et la Transjordanie confié par la SDN au Royaume-Uni, renonciation de la France aux Capitulations en Palestine, démembrement de l’Empire Ottoman…
Symbole de paix et d’union entre les peuples, le drapeau olympique est hissé pour la première fois à Anvers, qui voit également un lâcher symbolique de pigeons, célébration de l’harmonie retrouvée.

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Les Jeux


Ethelda Bleibtrey

Ouverts pour la première fois par un serment olympique, prononcé par l’escrimeur Jean Bouin, ces Jeux olympiques d’Anvers consacrent la natation américaine, avec 8 des 10 titres de natation. Première nageuse américaine championne olympique, Ethelda Bleibtrey remporte les médailles d'or des trois épreuves de natation féminine (100m, 300m et 4x100m nage libre), réalisant un record du monde dans chacune des cinq courses qu’elle nage pour réaliser ce triplé. Norman Ross gagne pour sa part le 400m, le 1500m et le 4x200m nage libre.
Son compatriote venu d’Hawaï, Duke Kahanamoku conserve son titre du 100m nage libre huit ans après celui obtenu à Stockholm. En plongeon, l'américaine Aileen Riggin, alors âgée de 13 ans, remporte la médaille d'or du tremplin. A l’autre extrême, le tireur suédois Oscar Swahn devient le médaillé olympique le plus âgé de l’histoire en remportant l'argent par équipe au tir à deux coups sur cible mobile… à l'âge de 72 ans !


Charles Paddock

Deux finlandais marquent la cadence de l’athlétisme à Anvers. Participant à ses premiers Jeux, Paavo Nurmi commence sa collection de médailles en dominant les épreuves du 10 000m, du cross individuel et du cross par équipe. Hannes Kolehmainen pousse la souffrance en remportant le marathon, son dernier titre olympique après les trois précédemment engrangés à Stockholm.
D’un point de vue technique, ces Jeux olympiques fixent définitivement la distance du Steeple : 3000 m.
En sprint, l'Américain Charles Paddock ramène l’or du 100m, du 4x100m et l’argent du 200m. Son finish si particulier avec un saut de plusieurs mètres est entré dans la légende… sans que l’on sache d’ailleurs si cette technique lui était réellement bénéfique. Le britannique Albert George Hill devient le premier athlète à réaliser le doublé sur 800m et 1 500m.

En sports collectifs, les Etats-Unis battent la France en finale du rugby, mais perdent face au Canada en hockey-sur-glace. La Belgique remporte le tournoi olympique de football devant l’Espagne qui finit également seconde du tournoi de polo, derrière la Grande-Bretagne, également victorieuse en hockey sur gazon, une autre spécialité anglo-saxonne. Avec 36 médailles dont 14 en or, les Belges, réussissent d’ailleurs leurs Jeux olympiques. En tir à l’arc notamment, ils prennent 21 des 34 médailles, la France s’en octroyant 11.


John Kelly

Ouvrier à Philadelphie, le rameur américain John Kelly remporte en quelques minutes l'épreuve du skiff et du deux de couple (avec Paul Costello). A 20 ans, Kelly, à qui l’on avait refusé de participer à la prestigieuse régate anglaise d'Henley-on-Thames quelques semaines plus tôt pour faits de professionnalisme (certains prétendent que son statut social était également en cause), tenait sa revanche. Sa première : John Kelly est le père de l'actrice Grace Kelly, future princesse de Monaco

Sur le ring, l'Américain Edward Eagan remporte le titre olympique des mi-lourds. Douze ans plus tard, aux Jeux olympiques d'hiver de 1932 à Lake Placid, il deviendra champion olympique de bobsleigh à 4... un titre olympique en été et en hiver, une performance jamais renouvelée. Toujours en boxe, outre le bronze décroché par Albert Xavier Eluère en poids lourd, la France s’illustre en poids plume avec le doublé réalisé par Paul Fritsch (or) et Jean Gachet (argent).

Notons enfin que l'épreuve de voile sur dinghy fut la seule compétition de l'histoire olympique à s’être déroulée dans deux pays différents : une première régate organisée en Belgique, les deux dernières aux Pays-Bas, les deux finalistes étant Néerlandais.

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Le fait

Nadi, né doré


Nedo Nadi

L'Italien Nedo Nadi tire juste et avec toutes les armes. Ses cinq médailles d’or accumulées lors des Jeux olympiques d’Anvers constituèrent un record qui tint jusqu’en 1972 et l’exploit réalisé par Mark Spitz.

Né à Livourne, Nedo Nadi est éduqué au maniement des armes de l'escrime par son père le maître d'armes Giuseppe (Beppe) Nadi. Celui-ci lui enseigna, de même qu’à son cadet Aldo, le fleuret et le sabre… mais pas l'épée qu'il considérait comme une arme « indisciplinée ». Cela n’empêcha pas les frères d’en apprendre seuls le maniement, Nadi devenant finalement l’escrimeur le plus polyvalent de l’histoire.

Sélectionné à 18 ans pour les Jeux olympiques de Stockholm, il y remporte son premier titre olympique, au fleuret, avec un parcours exemplaire (7 victoires en autant de rencontres, 36 touches gagnantes contre 8) et devient le plus jeune escrimeur à remporter une médaille d’or olympique.
Soldat durant la Première Guerre mondiale, Nadi tire alors au fusil et est décoré pour sa bravoure.


Les frères Nadi

Les Jeux olympiques d’Anvers le font ensuite entrer dans la légende. Il bénéficie de l’absence de plusieurs grandes nations de l’escrime, à l’exemple de la Hongrie. Son exploit reste cependant entier tant il approcha la perfection. Inscrit dans toutes les disciplines du programme, afin d’augmenter ses chances de briller, il gagne d’abord l’or dans l’épreuve de fleuret individuel, avec un record de 10 victoires en poule finale. Il réédite au sabre, en remportant notamment tous les assauts qui l’opposent à son frère Aldo en finale… Enfin Nedo gagne, avec ses amis de la squadra azzurra, les trois épreuves par équipes du fleuret, du sabre et de l’épée.
Devenu professionnel, il se lance dans l’enseignement des armes en Argentine.
Champion du monde en 1930, Nadi reste invaincu au cours de sa carrière (72 tournois). De retour en Italie en 1935, il prend la présidence de la Fédération italienne d’escrime et meurt d’une hémorragie cérébrale, à Rome, le 29 janvier 1940, à l'âge de 45 ans.

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L’équipe de France Olympique

Délégation : 296 participants (290 hommes, 6 femmes)
Bilan : 40 médailles dans 13 sports – 9 en or, 18 en argent, 13 en bronze – deux féminines et une mixte. La France termine 8ème Nation

Suzanne, la divine
Rares étaient les terrains de tennis privés en ce début de XXème siècle. C’est pourtant ce privilège que connait Suzanne Lenglen qui, dès l’âge de 11 ans, bénéficie du court familial (en terre battue), puis des cours paternels. Nous sommes alors en 1910 à Marest-sur-Matz (Oise). Ayant intégré le Tennis Club de Nice, Suzanne Lenglen participe à son premier tournoi senior à l’âge de 13 ans. Son aisance la fait remarquer par le Néo-zélandais Anthony Wilding, alors champion du monde, qui la sollicite en 1913 pour faire équipe en double mixte. Dès l’année suivante, Lenglen atteint la finale du championnat de France (Roland Garros), puis devient championne du monde sur terre battue.


Suzanne Lenglen

Ayant pris en maturité physique et tennistique durant le conflit mondial, Suzanne réapparait à Wimbledon en 1919. Elle remporte le tournoi, en renversant en finale Dorothy Lambert Chambers, 40 ans et déjà victorieuse à sept reprises sur le gazon londonien. L’année suivante, aux Jeux olympiques d’Anvers, Suzanne Lenglen ne fait pas dans le détail. Elle s’adjuge le titre en simple, ne perdant que quatre jeux sur ses dix sets ! Personne n’est en mesure de rivaliser. Dans la foulée, elle remporte l’or du double mixte avec Max Decugis, enfin sacré vingt ans après la médaille d'argent obtenue en double avec l'Américain Basil Spalding de Garmendia (Decugis complète sa collection à Anvers avec la médaille de bronze en double obtenue avec André Gobert). Et pour conclure ces Jeux olympiques, Suzanne Lenglen remporte le bronze du double féminin en association avec Élisabeth d'Ayen.


Suzanne Lenglen et Max Decugis

Révolutionnant le tennis, par des innovations techniques comme vestimentaires (avec notamment ses jupes courtes inédites), Suzanne Lenglen domine le tennis mondial jusqu’en 1926, date de la fin de sa carrière amateur. En sept ans, elle remporte 241 tournois, dont 81 en simple avec notamment une série de 171 victoires consécutives. Elle s’adjuge également six titres à Wimbledon et autant à Roland Garros !
En 1926, elle met un terme à sa carrière amateur, suite à un incident à Wimbledon où elle refuse de jouer deux matchs consécutifs en simple et en double, faisant un affront à la reine et au public anglais qui se détourne d’elle. Première femme à devenir professionnelle, Suzanne part en tournée américaine pour un an, et remporte notamment l’ensemble de ses matchs qui l’opposent à Mary Browne… 38 consécutifs !

De retour en France, elle ouvre une école de tennis et s’engage pour la prise en compte du sport féminin. Atteinte d’une leucémie qui la rend aveugle sur la fin de ses jours, Suzanne Lenglen décède le 4 juillet 1938. Elevée à l’International Tennis Hall of Fame en 1978, la championne a également été honorée à Roland Garros, où le second court de par sa capacité (10 000 places) porte son nom depuis 1997.

Cochon volant
17 août, dernier tour du 5 000 m. En tête, un Finlandais et un Français. Scénario connu des contemporains, mais les noms des acteurs ont changé : Bouin est mort au champ d’honneur le 29 septembre 1914 lors de l'attaque du « Mont Sec » et Kolehmainen court le marathon (qu'il gagnera d'ailleurs).
Le Finlandais s'appelle désormais Paavo Nurmi, le Français Joseph Guillemot. Drôle d'oiseau que ce Limousin de vingt ans au torse court, perché sur des jambes trop longues pour son mètre 60, qui grille un paquet de Gauloises par jour et affiche son mauvais caractère. Guillemot tête de lard s'est choisi pour symbole le cochon, dont il a fait broder la tête, hilare, sur son maillot.


Joseph Guillemot


La cloche sonne. Dernier tour. Nurmi attaque. Une fois, puis deux. En vain. A 180 mètres du but, le Français lache son accélération. Il s'envole. Nurmi ne revient pas. Guillemot a réécrit le scénario du 5 000 m. « Pour nos trois couleurs », dit-il. Mais aussi pour Jean Bouin. Oubliée sa petite nuit de quatre heures, due à quelques chahuteurs de l'équipe...
L'ancien chasseur à pied de l'armée du Rhin ne le sait pas encore, il vient de battre une légende, LA légende du fond de la première moitié du XXème siècle. Vainqueur du 10 000 m (devant Guillemot justement) et du cross-country individuel et par équipes à Anvers, Nurmi gagnera au total neuf titres olympiques dont six individuels. La Finlande est partie pour une longue période de domination des courses de fond.

Massard, du coq au COF
International d’escrime dès 1909, Armand Massard le resta vingt ans. Il remporta, avant-guerre, le championnat international de France d’épée en 1910 et le tournoi international mixte (professeurs et amateurs) en 1911. Une performance qu’il réédita… en 1927. Champion de France à l'épée en 1914, Armand Massard fut gravement blessé lors de la Première Guerre mondiale (il deviendra d’ailleurs président de la Ligue des escrimeurs Anciens Combattants.

A Anvers, les escrimeurs français furent les seuls à résister à la furia italienne symbolisée par Nadi. Avec 8 médailles au total, la France fit mieux que les 6 médailles transalpines (dont cinq titres pour Nadi). Les épéistes surtout font carton plein ou presque : l’or pour Armand Massard, l’argent pour Alexandre Lippman, le bronze pour Gustave Buchard et pour l’équipe composée de ces trois médaillés ainsi que de Gaston Amson, Emile Moreau, Georges Trombert, Georges Casanova et Frédéric Dubordieu. Vinrent s’ajouter à ce total : l’argent par équipe en sabre et au fleuret, ainsi que l’argent et le bronze en fleuret individuel (Philippe Cattiau et François Ducret). Huit ans plus tard, capitaine de l’équipe olympique d’épée aux Jeux olympiques d’Amsterdam, Armand Massard obtint avec ses coéquipiers la médaille d’argent de sa discipline.


Armand Massard

Sportif éclectique, Armand Massard fut par ailleurs pilote de l’équipe qui remporta le Championnat des Alpes de bobsleigh (Chamonix 1923), obtint des médailles de bronze, d’argent et d’or au Concours hippiques de Paris et participa à de nombreuses épreuves motonautiques ou pédestres.
Egalement dirigeant, Armand Massard fut, dès sa fondation en 1908, membre du Comité national des Sports, dont il prit par la suite la vice-présidence. Fondateur en 1911, puis président, de la Fédération parisienne d’escrime, il consacra son après-carrière sportive au mouvement sportif, devenant vice-président, puis président et président d’honneur de la Fédération française d’escrime et président du Comité olympique français de 1933 à 1967. Créateur, Massard initia le Stade Pierre de Coubertin à Paris et de nombreuses épreuves motonautiques et hippiques.

Par ailleurs ouvert au sport féminin, ce qui n’était pas forcément le plus courant à l’époque, Massard créa le concours de « la plus belle amazone » en 1930 et fut à l’origine de nombreux raids hippiques féminins. Coopté au sein du CIO en 1946, il en devint vice-président en 1952 lors de la Session d’Helsinki et fut notamment un intermédiaire du Mouvement olympique avec le système onusien, en particulier l’UNESCO. Premier vice-président de l’Académie des sports (président de la Section des sports athlétiques), il occupa également la vice-présidence du Syndicat et de l’Association des journalistes sportifs. Son activité fut également politique puisqu’il occupa la vice-présidence du Conseil Municipal de Paris.
Il fut le premier escrimeur nommé « Gloire du sport français », en 1992.

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Les médailles françaises

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