Comité national olympique et sportif français

Comité national olympique et sportif français

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Stockholm 1912

 

La fiche

Jeux de la Ve Olympiade

Date d'ouverture : 5 mai 1912
Date de clôture : 27 juillet 1912
Ville candidate : Pas d'autre ville candidate

Participation :
28 CNO (Nations)
2 547 athlètes (57 femmes, 2 490 hommes)
102 épreuves

Ouverture officielle des Jeux : Sa Majesté le Roi Gustav V



Sports au programme :
Natation - Athlétisme - Cyclisme - Sports équestres - Football - Escrime - Gymnastique - Pentathlon moderne - Aviron - Voile - Tir - Tennis - Lutte à la corde - Lutte

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Contexte

En 1912, l’heure est à la tension internationale.

A l’aube de la Première Guerre mondiale, les gouvernements frémissent, les ambassadeurs s’activent, les militaires fourbissent leurs armes et opinions publiques s’échauffent.
Le Maroc notamment est le théâtre de confrontations franco-germaniques. En juillet 1911, la canonnière allemande la Panther est envoyée à Agadir, pour tenter de s'opposer à la politique française dans la région. Le « coup d’Agadir » tend les relations, mais les négociations aboutissent en novembre 1911 à la reconnaissance du protectorat français sur le Maroc en contrepartie du bassin de la Sangha au Congo, laissé aux Allemands. Le protectorat, instauré officiellement par le Traité de Fès le 30 mars 1912, devient effectif en juillet, au cours des Jeux olympiques.
Ce même mois, le 15, toujours au cours des Jeux olympiques donc, un protocole militaire franco-russe est signé. Les alliances se précisent.


Porfirio Diaz

Outre-Atlantique, en janvier, le Nouveau-Mexique devient le 47ème Etat membre des Etats-Unis d’Amérique. Plus au sud, la révolution zapatiste a fait ses coups d’éclat avec les prises en 1911 de Ciudad Juárez, et de Cuautla. Porfirio Diaz, président depuis une trentaine d’années part en exil en France, laissant les révolutionnaires au pouvoir. L’Amérique, et plus généralement le monde entier, révolutionné dans ses routes commerciales, s’apprête par ailleurs à vivre une véritable étape vers la mondialisation : 30 années après le début des travaux, le S.S. "Cristobal" sera en août le premier cargo à inaugurer le canal de Panama.

1912, une année décidemment notable d’un point de vue maritime : le 15 avril, un iceberg malheureux provoque au large de Terre-neuve, le naufrage du Titanic, le plus grand paquebot du monde inauguré cette même année avec ses deux « sister-ships » (l’Olympic, évidemment en cette année olympique, et le Britannic). De l’autre côté du globe, l'explorateur Norvégien Roald Amundsen repousse les limites du monde connu en atteignant le Pôle sud (14 janvier).


Sun-Yat-Sen

En Orient, la Chine, qui ne participera aux Jeux olympiques qu’à partir de 1932, connait en cette période de profonds bouleversements. La révolution de 1911 amène la proclamation de la République sous la présidence de Sun-Yat-Sen le 1er janvier 1912 et l’abdication l'empereur Pu-Yi, âgé de cinq ans, le 12 février. Le grand rival régional, le Japon connait lui aussi un grand changement. Alors que l’expansionnisme militaire japonais avait pris son élan avec l’annexion de la Corée en 1910, l’empereur Meiji décède et est remplacé le 30 juillet 1912 par Yoshi-Hito, sous le nom de Taisho-Tenno. Sa mauvaise santé permettra notamment à l’Armée et à la Marine impériale d’étendre leur influence dans les arcannes du pouvoir.

Désignée lors du congrès de Berlin, le 18 mai 1908, Stockholm fut la première ville à organiser des Jeux en dehors d’une grande foire exposition, ce qui permit de les débarrasser d’un environnement extra-sportif. Si l’histoire contemporaine de la Suède est remarquablement pacifique, la dernière guerre connue par le pays ayant été une campagne menée contre la Norvège en 1814, les premières années du XXème siècle n’y sont pas moins agitées. L’union personnelle des deux couronnes réalisée en 1814 est ainsi dissoute en 1905 après la déclaration d’indépendance norvégienne. Au moment d’accueillir les Jeux olympiques, la Suède est par ailleurs en pleine remilitarisation. En janvier 1912, une grande souscription nationale est lancée dans le but de relancer le programme de réarmement naval. Parallèlement, le « Mouvement pour la défense nationale » fait pression en faveur d’un rapprochement avec l’Allemagne. Son thème de campagne : le « danger russe »…
Notons enfin qu’avec les Jeux olympiques, la Suède se fait rendez-vous absolu de l’excellence en cette année 1912. Excellence sportive donc, mais également intellectuelle et artistique puisque depuis 1901, la Fondation Nobel récompense chaque année une réalisation exceptionnelle dans les domaines de la physique-chimie, la médecine, la littérature et de la promotion de la paix.

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Les Jeux

Les Jeux de 1912 de la Ve Olympiade sont, de nos jours, décrits par le CIO comme « un modèle d'efficacité ». Succès populaire, avec par exemple près de 200 000 personnes qui assistent aux épreuves d’athlétisme, les Jeux Olympiques innovent, avec notamment l’utilisation inédite de dispositifs électroniques de chronométrage pour les épreuves d’athlétisme et d’un système d’appel public.

Les organisateurs souhaitent réduire le nombre de sports programmés au profit de quatre disciplines seulement : l'athlétisme, la gymnastique, la lutte et la natation. Les contestations sont nombreuses et les débats Après de multiples protestations et débats, le Comité International Olympique décide finalement de sortir certains sports du programme, tels le rugby, le golf ou le tir à l'arc, mais d’en maintenir d'autres comme l'aviron ou le cyclisme. Par ailleurs, le pentathlon moderne (escrime, équitation, natation, course, tir), cher à Coubertin, ainsi que le décathlon sont ajoutés au programme olympique, et des compétitions féminines de natation et de plongeon sont introduites. L'équitation refait son apparition après 12 ans d'absence alors que la boxe est supprimée car la loi suédoise l'interdit. Par la suite, afin d’éviter que ne se reproduise cette situation, le Comité International Olympique prendra la décision de limiter le pouvoir du pays hôte dans l'élaboration du programme olympique.

L’endurance est sans doute le maître mot de ces Jeux Olympiques. Ainsi, la course cycliste sur route s'étale sur 320km (199 miles), la plus longue distance de toute l'histoire des Jeux Olympiques.


le Russe Martin Klein et le Finlandais Alfred Asikainen

En lutte gréco-romaine, la demi-finale des poids moyens opposant le Russe Martin Klein et le Finlandais Alfred Asikainen dure onze heures, entrecoupées de pauses toutes les 30 minutes. La fatigue est fatale au Russe, vainqueur malheureux qui se voit obligé de déclarer forfait pour la finale. Il s’agit bien évidemment du record olympique, qui arrive devant la finale de lutte des lourds-légers de ces mêmes Jeux, les deux finalistes combattant 9 heures pour finalement recevoir chacun une médaille d’argent. Des limites de temps en lutte seront introduites pour les Jeux olympiques de 1924.

Endurant également, le Suédois Oscar Swahn qui remporte, à 64 ans, la médaille d'or par équipes du tir sur cerf courant et devient le champion le plus âgé de l'histoire des Jeux Olympiques. Le Portugais Francisco Lazaro ne l’est quant à lui pas assez, dramatiquement. Il s'effondre au 30ème kilomètre du marathon, victime d'une insolation et décède le lendemain. A contrario, parmi les héros de ces Jeux Olympiques, outre Jim Thorpe, se trouve le Finlandais Hannes Kohlemainen qui décroche trois médailles d'or dans les courses de fond.


Ralph Craig

Autres récidivistes, l’Américain Ralph Craig, qui réalise le premier doublé 100m/200m de l’histoire olympique, et l'Allemand Gottfried Fuchs qui marque 10 buts lors du match de football Allemagne - Russie (16-0). Le tournoi est remporté par l'équipe du Royaume-Uni.
Otto Herschmann, membre de l'équipe autrichienne de sabre se trouve être en même temps président du Comité National Olympique d'Autriche. A ce titre, il reste le seul président d'un Comité National Olympique à avoir remporté, en exercice, une médaille aux Jeux. Venu de l’autre côté des Alpes, l’Italien Alberto Braglia survole la compétition de gymnastique.
Annonciatrice d’une nation dominatrice dans les bassins, la première championne olympique de natation est australienne : Fanny Durack remporte le 100 mètres nage libre.

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Le fait


Jacobus Franciscus « Jim » Thorpe




Jacobus Franciscus « Jim » Thorpe ou Wa Tho Huck (sentier brillant) est considéré comme l’un des plus grands athlètes du siècle. Né le 28 mai 1887 dans la réserve des Sac and Fox en Oklahoma, sa date de naissance reste sujette à caution, l’année 1888 étant également souvent évoquée.
Son ascendance, riche d’universalisme avec un grand père irlandais, un autre français et des grands-mères indiennes de différentes tribus, lui offre un cocktail génétique détonnant et sa réussite sportive, tout aussi éclectique, en fera un symbole fort du métissage.

C'est à l'Université indienne de Carlisle, avec laquelle il participe aux compétitions de football américain, de baseball, de lacrosse ou encore d’athlétisme, qu'il se fait connaître au niveau national en conduisant son équipe de football au titre universitaire de 1912. Ses aptitudes retiennent l’attention des dirigeants sportifs qui le retiennent alors pour les Jeux Olympiques d'été de Stockholm, une sélection peu commune pour un représentant, même métissé, des native americans.

En Suède, Jim Thorpe fait sensation. Il gagne d’abord le pentathlon, s’imposant dans quatre des cinq épreuves (le saut en longueur, le 200m, le lancer du disque, et le 1 500m…seul le javelot lui échappe). Mais ce pentathlon n’est qu’un échauffement. Dans la foulée, il domine le décathlon qui fait son apparition au programme olympique et établit au passage un nouveau record du monde dans toutes les disciplines(10’’8 sur 100m ; 1,96m à la hauteur ; 45,70 au javelot …) ! Son total de 8413 points tiendra pendant deux décennies. A titre de comparaison, avec ce total, Thorpe se serait classé quatrième des Jeux olympiques de Pékin 2008.

Jim Thorpe sera salué par le roi Gustave V de Suède comme « le plus grand athlète du monde ». Pourtant, en 1913, ces médailles lui sont retirées, un journaliste américain ayant révélé que Thorpe avait touché de l'argent (quelques dizaines de dollars) avant les Jeux olympiques pour participer à des épreuves de baseball. En cette époque où l'amateurisme est la règle de l’Olympisme et des Fédérations internationales, Jim Thorpe est radié à vie. Déchu, ses titres lui sont également retirés. Ses médailles ne lui seront rendues à titre posthume que 29 ans après sa mort, en 1982, Juan Antonio Samaranch en faisant un symbole d’acceptation du professionnalisme par le Mouvement olympique.

Après son éviction du sport amateur, Thorpe se tourne vers le baseball. Il rejoint les New York Giants en 1913 pour 3 saisons. Il jouera ensuite pour les Cincinnati Reds puis à nouveau les Giants et les Boston Braves. Il continuera ensuite de jouer dans les ligues mineures jusqu'en 1922. En parallèle, il joue au football américain. Running back chez les Bulldogs de Canton (Ohio), il remporte l'officieux titre de « champion du monde » en 1916, 1917 et 1919. En 1920, les Bulldogs sont une des quatre équipes qui créent l’American Professional Football Association, qui deviendra la National Football League (NFL) deux ans plus tard. Thorpe en devient le premier président dès 1920.

Décédé le 28 mars 1953, Jim Thorpe se voit honoré par la ville de Mauch Chunk en Pennsylvanie, dès 1954. Son corps repose dans un mausolée sis dans la vieille ville. Un film basé sur sa vie, Le Chevalier du stade (Jim Thorpe: All-American), fut tourné par la Warner Bros. Pictures en 1951, avec Burt Lancaster dans le rôle de Jim Thorpe.

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L’équipe de France

Délégation : 112 participants (111 hommes, 1 femmes)
Porte-drapeau : Raoul Paoli (Athlétisme)
Bilan : 14 médailles dans 6 sports – 7 en or, 4 en argent, 3 en bronze – 1 féminine – 5ème Nation

« J'vais lui montrer qui c'est Raoul »


Carlos Deltour

1900, Jeux olympiques de Paris, concours d’aviron. Carlos Deltour et Antoine Védrenne du Rowing Club Castillon viennent, en 7 minutes et 57 secondes d’obtenir la médaille de bronze du deux en pointe avec barreur. Agé alors de 11 ans, le jeune Raoul Paoli est le barreur. Il participe là aux premiers de ses cinq Jeux Olympiques.

Douze ans plus tard, à Stockholm, l’athlète Raoul Lucien Paoli devient le premier porte-drapeau d’une délégation française. Polyvalent, Raoul est inscrit aux compétitions d’athlétisme et de lutte gréco-romaine. S’il n’apparait pas dans les résultats d’athlétisme, sa compétition de lutte se solde par deux défaites et une élimination.
De fait, sa spécialité avant-guerre était bel et bien la lutte. Cinq fois champion de France de lutte entre 1908 et 1912, Raoul se perfectionne ensuite dans le lancer de poids. Dans cette discipline, Raul obtient ce même titre à 8 reprises avant (1912), et après guerre (1919, 1920, 1922-1926), champion d’Angleterre (1920) et vice-champion de Californie (1927). Il lance par ailleurs le disque et devient champion de France en 1919 et 1926. Egalement champion de France de boxe et joueur de rugby à XV, Raoul participera encore à trois reprises aux Jeux Olympiques, en 1920, 1924 et 1928, comme lanceur.
Il participera par la suite à diffuser le catch à Paris, au vélodrome d'hiver, en compagnie de deux champions olympiques Henry Deglane (lutte gréco-romaine) et Charles Rigoulot (haltérophilie).

Marguerite… un peu, beaucoup, passionnément, à la folie
En ce début de siècle, la place des femmes dans la société est l’objet de débats et de revendications, à l’exemple de cette violente manifestation organisée par les suffragettes à Londres le 20 novembre 1911. La situation des femmes aux Jeux Olympiques était à l’image de la situation au sein de la société. Pierre de Coubertin était réticent à leur participation et l’insertion fut longue à venir.


Marguerite Broquedis

Pour la France, après la poignée de concurrentes engagées aux Jeux olympiques de Paris 1900, aucune femme n’avait pris part aux compétitions de Saint-Louis et de Londres. A Stockholm, Marguerite Broquedis est la seule femme de la délégation tricolore. Elle ne fit pas le déplacement pour rien, puisqu’elle remporte le titre olympique du tennis. Douze ans plus tard aux Jeux olympiques de Paris 1924, elle empochera le bronze, associée à Yvonne Bourgeois. Elle connaitra entre temps deux victoires successives à Roland Garros en 1913 et 1914 face à Jeanne Matthey et à la jeune Suzanne Lenglen. Elle l’emportera également sur la terre battue parisienne en 1927 en association avec Jean Borotra.
En 1925, après un premier mariage en 1917, elle épousera en secondes noces François Bordes, médaillé de bronze en rugby aux Jeux Olympiques d’Anvers en 1920. Elle décèdera à l’âge de 90 ans en 1983.

Jean Bouin, destin brisé


Jean Bouin

Salarié de la Société Générale, Jean Bouin ne doit sa participation qu'à l’aide financière de son patron M. Minvielle. A Stockholm, Jean Bouin participe à ses seconds Jeux Olympiques... avec cette fois, la volonté d’y défendre ses chances : à Londres en 1908, une nuit passée au poste de police après une rixe dans un bar lui avait valu une exclusion de l'équipe de France avant les finales du 1500 m et du 3 miles par équipes. Une erreur de jeunesse pour un garçon de 19 ans.

Lors de l’épreuve du 5000m, Jean Bouin mène de bout en bout. L’or lui tend les bras, mais il est battu sur le fil par le Finlandais Hannes Kolehmainen qui gagne également le 10.000 m.
Deux ans plus tard, le sergent Jean Bouin, du 163ème régiment d'infanterie, meurt pour son pays, le 29 septembre 1914.

En équitation, les Français congratulent Jean Cariou, vainqueur du jumping avec son cheval "Mignon". En tir, ils applaudissent Paul Colas, des Carabiniers de Paris, vainqueur à l'arme libre et à l'arme de guerre. En escrime, la France boycotte les épreuves en raison d'un conflit sur les règlements en vigueur pour les épreuves de fleuret.

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Les médailles françaises

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