Comité national olympique et sportif français

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Antoine Mindjimba, quelle aventure !

 

Gardien de but professionnel de hockey sur glace, au cours d’une carrière internationale longue de 22 ans, qui l’a mené dans les plus grands clubs du championnat de France en passant par la ligue nord-américaine, Antoine Mindjimba est aujourd’hui consultant en organisation et en conduite du changement chez Ernst and Young. De Québec à Amiens, le parcours qu’il raconte est une grande et belle aventure.

Le hockey, naturellement
Cela peut paraître étrange d’être né n’un père camerounais et d’une mère française et d’avoir fait une carrière professionnelle longue de 22 ans en hockey sur glace ! Pourtant, il y a une raison, logique. Je suis né le 9 mars 1968 à Reims, mais alors que j’étais encore un bébé, nous sommes partis nous installer au Canada, dans la ville de Québec, où mon père devait suivre une spécialisation en gynécologie dans le cadre de ses études de médecine. J’ai donc grandi comme tous les petits québécois, à qui l’on offre des patins plutôt qu’un ballon ! Très tôt, nous étions sur les patinoires, et l’hiver, sur les lacs et dans les rues. Il y avait une véritable vie de quartier. Lorsqu’il faisait vraiment froid, les papas fermaient la rue, jetaient cette poudre spéciale sur le bitume qui se transforme en glace, et la rue devenue patinoire était à nous. Nous faisions des matches de hockey en transformant les portes de garage en buts. Ce sont des souvenirs formidables. A 11 ans, je suis revenu en France. Nous habitions la Vendée où il n’était pas possible de jouer au hockey. J’ai fait du football, de l’équitation, mais ça n’était pas ma tasse de thé. Puis nous nous sommes installés à Dunkerque où il y avait une patinoire. Nous en avons pris le chemin avec mon frère Eric. Je devais être fait pour ça !

Professionnel à 16 ans
Je suis gardien de but et à 12 ans, dans mon club de Dunkerque, je me retrouve surclassé dans la catégorie d’âge supérieure. A 13 ans également. L’année suivante, je suis en sélection nationale avec les moins de 16 ans ! Tout va très vite. Mon frère décide de passer pro, il signe à Grenoble. Je suis tout cela de loin car je n’ai pas cette idée en tête. Mais 6 ou 7 joueurs de Dunkerque suivent le même chemin et je me dis que l’année suivante en juniors ne va pas être terrible. J’envoie donc un courrier pour stipuler à la fédération française de hockey sur glace que je souhaitais être mis sur liste des joueurs transférables et surprise, je reçois une offre de deux clubs : Gap et St-Gervais. Cela se fait sur un coup de tête : mes parents sont dans un premier temps dubitatifs car je suis un bon élève, puis ils se disent pourquoi pas ? Je signe donc mon premier contrat professionnel à St-Gervais. J’ai 16 ans.

Champion de France dans trois catégories d’âge
La saison 1984-1985 n’a pas encore démarré que je me retrouve gardien N°1 dans ma catégorie puis N°1 chez les juniors. Et c’est l’incroyable enchaînement : les gardiens N°1, N°2 et N°3 de l’équipe sénior, une des meilleures du pays, se blessent tour à tour. Le club n’a plus personne pour occuper le poste alors que la saison va débuter ! On vient me trouver : «tu joues demain! ». Pour moi, faire carrière dans le hockey n’est pas encore un objectif de vie, je ne suis pas vraiment conscient de ce qui m’arrive. Dès mon premier match, nous gagnons 3-1 contre Megève qui est le champion de France en titre. Je réalise une bonne performance et tout s’enchaîne naturellement. Me voilà donc titulaire dans le groupe pro. A mi-saison, les entraîneurs se disent, « le gamin de 16 ans, on ne va quand même pas le carboniser ! ». Ils prennent peur. Il est vrai que je suis passé d’un coup de quinze matches par an à trois par semaine et que je joue en cadets, en juniors et en pros. Ils font donc venir un vieux gardien et nous finissons la saison ensemble. Lorsqu’elle s’achève, je suis champion de France cadets, juniors et professionnel. A ce point, je trouve juste sympa de jouer et de m’amuser, je ne vois pas plus loin.

Direction Rouen
Mes résultats scolaires commencent à chuter, tout simplement parce que je n’ai pas le temps de travailler. Je suis encore parmi les meilleurs en 1ère scientifique mais après, cela se gâte un peu. Heureusement, dirais-je, je me blesse en fin de saison, ce qui entraîne une grosse coupure qui me permettra de réussir le bac français. Lors de ma première saison en championnat de France, j’ai été repéré par les joueurs canadiens qui y évoluent. A l’été 1985, j'intègre le « juniors majeurs » au Canada (l’anti-chambre du professionnalisme). Tout se passe bien mais mes parents n’apprécient guère le fait que j’arrête l’école et nous décidons qu’il est préférable de retourner en France. J’ai 17 ans, je retourne dans mon club de St-Gervais, nous nous partageons les buts dans l’équipe pro avec Charly Thilien et me voilà à nouveau Champion de France, junior et sénior, tout en étant bachelier. Tout ça sans aucun plan de carrière ! Bac en poche, je signe pour trois ans à Rouen. Nous évitons la relégation la première saison, la deuxième se passe bien mieux et la 3e, nous sommes demi-finalistes du championnat et 3e à l’arrivée. Tout se passe pour le mieux, à une exception majeure près.

Le racisme ordinaire
Je suis rentré dans mon rôle de sportif pro, en quête de résultats et d’excellence avec déjà, à moins de 23 ans, un palmarès intéressant mais pas de sélection en équipe de France… Il faut se replacer dans le contexte de la fin des années 1980. Le racisme était bien présent dans notre pays mais on n’en parlait pas. J’en ai été victime, comme tous ceux qui n’étaient pas complètement blancs : je me faisais régulièrement insulter par les joueurs adverses, par les arbitres, par le public qui lançait de cris de singe et jetait des peaux de banane sur la patinoire. Le hockey en France, c’était aussi cela. Mais les temps changent, les gens aussi et j’ai fini par obtenir 60 sélections en équipe de France sur la fin de ma carrière, à disputer trois championnats du monde et deux tournois préolympiques (dont le dernier pour les Jeux de Turin, à 38 ans).

Un tour par la NHL

En 1989, après trois saisons à Rouen, je rejoins les "Flammes bleues" de Reims. Les recruteurs de la Ligue nord américaine m’ont repéré. En 1992, je participe au camp NHL du "Canadien" de Montréal. Très vite, je suis échangé sur la côté ouest (Californie) et j’évolue dans les clubs réserves des "Mighty Ducks" de Anaheim où je vais passer des années exceptionnelles. Nous sommes dans les années 1990 : un français dans les buts, noir, avec un nom africain. Franchement, ça n’était pas courant ! Après ces saisons inoubliables, je décide de rentrer en France et je rejoins les Gothiques d’Amiens. J’y passerai 12 ans, nous serons six fois finalistes et deux fois vainqueurs des championnats de France. Une année sur deux en finale ! Une aventure exceptionnelle avec également des participations aux coupes européennes des clubs champions.

Diplômé à 33 ans
Lorsque Je suis revenu des Etats-Unis, où je jouais de 70 à 80 matches par an, j’avais appris à gérer mon temps. Je commence désormais à me projeter dans l’après carrière. L’idée est de suivre une formation et d’obtenir un diplôme. Les structures les plus souples sont les écoles de commerce. Je présente mon projet à l’école d’Amiens, l’ISAM. Ils apprécient mon discours et je vais essuyer les plâtres pour eux : joueur pro et élève avec horaires aménagés. Je vais faire les trois années de cours en six ans, et j’obtiens mon diplôme à 33 ans. J’ai au final pu assister à tous les cours, être présent dans tous les modules. En sortant de l’ISAM, je décide de créer ma petite boîte pour accompagner les athlètes dans leur préparation à la reconversion. Je me suis aperçu que ce besoin existait, tous sports confondus. C’est une activité de conseil très intéressante. J’aime résoudre des problèmes à travers des solutions pertinentes. Je monte par ailleurs une petite société me permettant de valoriser mon image.

Manager chez Ernst and Young
Après la fin de ma carrière, en 2006, m’apercevant que les grands groupes embauchent de préférence des jeunes gens très diplômés, je me dis que je dois aller dans une des meilleures écoles françaises. J’opte pour un troisième cycle en stratégie et organisation à l’ESSEC. Pendant un an, de 2006 à 2007, je suis étudiant à temps plein, cela ne m’était encore jamais arrivé ! Je comprends que décrocher un travail dans une grande entreprise passera par un réseau, par des contacts. Je passe mon temps à mettre au point une stratégie en utilisant toutes les ressources de l’ESSEC. Diplôme en poche, je suis embauché par Didier Désert, associé de Ernst and Young. Et me voilà, consultant puis Manager en organisation et conduite du changement au sein d’un formidable cabinet international, offrant une grande diversité de missions, de populations rencontrées, de types de clients. Ayant déjà développé des compétences permettant de pouvoir répondre aux besoins du client, je peux progresser rapidement.

C’est un travail qui constitue un véritable challenge intellectuel et physique. Lorsque une société décide de changer son système d’organisation par exemple, ce qui impacte directement ses employés, il faut les aider à mieux s’approprier le changement. C’est très enrichissant. Ma force, c’est que le changement, je sais ce que cela signifie. Ces craintes, ces doutes, je les ai vécus. Pour renforcer mes compétences, je vais partir en juin faire un MBA à Chicago. Je veux accélérer encore, avide d’expérience et de partage.

Se projeter dans l’après
Il y a un double intérêt à rapidement penser à l’après carrière sportive. Je n’ai jamais été aussi bon que lorsque je n’avais pas de souci en tête, pas d’interrogation. Trouver des réponses, c’est libérer son esprit. C’est tellement dur d’accepter le fait que la carrière va s’arrêter ! Les fédérations font des efforts, mais elles ne peuvent pas le faire à la place du sportif. Pour sa part, les valeurs qu’il représente sont très recherchées par les entreprises. C’est important pour lui de se poser rapidement des questions, de se rapprocher des bons interlocuteurs. C’est difficile car cela s’arrête du jour au lendemain et le problème du vide qui se crée n’est pas forcément lié à l’argent, voir les footballeurs ! Plus on s’occupe de son futur, moins la transition est difficile. Le premier pas, c’est de l’accepter.



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Jeux Olympiques de la XXXIe Olympiade
Rio de Janeiro (Brésil)
5-21 août 2016