Comité national olympique et sportif français

Comité national olympique et sportif français

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Etienne Thobois, l'expert

 

Ancien N°1 du badminton français, Etienne Thobois a participé aux Jeux d’Atlanta en 1996. Une fois sa carrière sportive achevée, il a suivi un parcours qui l’a notamment mené au poste de directeur général de la Coupe du Monde de rugby 2007. Aujourd’hui, il met son expertise de l’organisation de grands évènement internationaux au service du mouvement olympique. Il raconte son parcours.

L’aventure du Badminton

Je suis né le 20 septembre 1967 à Amiens. Je suis venu au badminton par hasard. J’étais un enfant passionné de sport, je pratiquais le football, le tennis. A 15 ans, je suis parti aux Etats-Unis où j’ai pratiqué le triathlon. Quand je suis rentré en France, à 17 ans, j’ai suivi des copains de classe qui faisaient du badminton. Ca m’a tout de suite plus. J’ai été repéré par Georges Couartou et je suis entré au Lille Université Club. Ce sport collait bien à mes qualités. En trois ans, j’ai atteint l’équipe de France. J’ai intégré l’INSEP, où le centre « badminton » a ouvert en 1990, tout en passant le concours de l’école de management ESCP. J’étais à ce moment là le N°2 français.

L’année suivante, je suis devenu N°1 mais je me suis gravement blessé au genou gauche. Mon année 1992 a été vierge et j’ai raté les Jeux de Barcelone. Je suis revenu pour redevenir champion de France en 1993 et en 1994 et en sortant de l’ESCP, j’ai décidé de tenter ma chance pour me qualifier aux Jeux d’Atlanta. J’ai dans le même temps pris un poste de chargé de communication à la Fédération Française de Badminton, puis je me suis qualifié pour les Jeux 1996. Là bas, j’ai perdu au premier tour. Rien à dire. Ma carrière sportive, qui s’est arrêtée l’année suivante, c’est au bilan, quatre participations aux championnats du monde, six finales des championnats de France dont trois titres, et une place dans le Top 12 européen….

Retour sur une carrière sportive
Que du bonheur ! Un vrai sentiment de fierté, car cela n’est jamais neutre de porter le maillot bleu de l’équipe de France. J’ai voyagé, j’ai été au contact de beaucoup de cultures différentes. L’Asie, l’Amérique, l’Europe… c’est intéressant de pouvoir faire la synthèse de toute cette aventure, et le fait d’avoir été exposé à tout ça assez jeune me sert encore professionnellement. Le sportif de haut niveau doit être capable de se remettre constamment en question. Il doit être capable d’accepter la défaite. Il doit tout mettre sur la table car devant un adversaire, on n’est plus rien. Il faut se donner les moyens d’être en capacité le jour J, d’être en adaptation en temps réel, de garder toute sa lucidité et sa capacité d’analyse. Un sportif de haut niveau sait se préparer, sait que rien n’est acquis, sait qu’il n’est pas tout seul. Je ne serais pas là aujourd’hui si je n’avais pas été épaulé, guidé, encouragé, par un entourage familial et sportif. Je leur dis merci.

Passage par le monde du conseil en entreprise

Diplôme de l’ESCP en poche, et après avoir passé deux ans comme chargé de communication à la FFBa, je suis entré chez Bouygues en 1997, au moment où je posais la raquette. Je bénéficiais d’un contrat d’insertion pour les Sportifs de haut niveau. Je travaillais dans la construction d’équipements sportifs mais j’ai vite découvert que je n’avais aucune compétence d’ingénieur. Cette orientation professionnelle n’était pas pertinente. Je suis alors entré dans un grand cabinet de conseil international. Pendant quatre ans, j’ai fait du conseil en entreprise. Je me suis spécialisé dans la mesure de performance et la stratégie sociale, la réorganisation des ressources humaines, comment éviter les plans sociaux etc.…

En compagnie des organisations syndicales et des directions des entreprises, l’objectif était de convaincre les employés qu’il y avait de la place pour eux dans les différentes réorganisations. Dans ce genre de tâche, on se heurte souvent, au début, à de l’incompréhension. Et puis, à force d’argumentations et d’explications, on arrive souvent à emporter l’adhésion quand la cause est justifiée. Ainsi, par exemple, chez Vediorbis, cela a concerné plus de 3.000 personnes, le tout sans aucune casse sociale. C’était un travail de dialogue, de contact, d’empathie. Pour ma part, une expérience de gestion de grands projets en relation avec l’humain, et avec des compétences dans le domaine de la finance.

Retour dans le milieu sportif
En 2000, je travaille sur le budget prévisionnel de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2008. La visite de la commission d’évaluation du CIO est un temps fort de cette expérience. Puis j’intègre comme prestataire le « GIP » Paris 2003, l’organisation des championnats du monde d’athlétisme, dont Essar Gabriel est le directeur général. Je travaille sur la révision du budget et sur le contrôle de gestion, dans l’attente de la nomination d’un Directeur Financier. Mais à un an des Mondiaux, il n’est toujours pas là. Et me voilà Directeur des finances et des services au public des mondiaux d’athlétisme au Stade de France. Mon travail est concentré sur les finances et les achats, mais il prend une tournure opérationnelle à l’approche de l’évènement puisque je me retrouve aussi à superviser la billetterie, le sponsoring les parkings, la restauration, bref, les rentrées financières.
Nous clôturons les championnats du monde en décembre 2003, sans litige majeur. Toute l’équipe va bientôt se retrouver sur la candidature de Paris aux Jeux 2012.

Echouer, rebondir…

Au sein du comité de candidature Paris 2012, je suis directeur des sports et de la planification. Mais je travaille aussi sur l’hébergement, la technologie… Nous nous plantons, Londres est désignée, et cela fait mal. Nous avons tous mis notre vie entre parenthèses, nous avons tout donné jour et nuit, et pour ma part, les Jeux m’ont fait rêver depuis mon plus jeune âge. Après une telle déception, on tente de se reconstruire, on se remet en question. Mais plutôt que retourner dans le monde de l’industrie, je me dis ‘pourquoi ne pas continuer sur cette lancée ?’.

Je monte alors une petite structure associée à Ernst and Young, pour faire du conseil sportif. J’ai été amené à faire une petite étude pour le GIP des championnats du monde de rugby 2007. Je me suis tenu proche de ce dossier. Très vite, on m’a informé que le comité d’organisation était à la recherche d’un directeur général. On me propose de rencontrer le président Bernard Lapasset. Il me dit « cela vous intéresse-t-il ? ». Le courant passe bien entre nous. Il y a plusieurs concurrents sérieux pour ce poste et je n’y crois pas trop. Pourtant, c’est moi qui l’obtiens ! Je suis incrédule, inquiet mais j’ai pleine confiance dans le président Lapasset. Et c’est parti !

Les championnats du monde de rugby
Je deviens « DG » des championnats du monde le 6 mars 2006, soit 18 mois avant la compétition. Ce sera un très bel évènement et une réussite populaire, sportive, médiatique et financière. Et beaucoup d’implication personnelle. Pour moi, le grand départ se situe le 18 mars 2007, lorsque nous réunissons les 6.000 volontaires à Disney Paris. L’équipe de France, qui vient de remporter le Tournoi des 6 nations, est parmi nous. Et là, nous prenons la mesure de l’évènement, au centre duquel se trouvent les volontaires. Si on ne comprend pas cela, on n’a rien compris. La journée des volontaires était donc fondamentale, fondatrice. On se rend compte que l’importance de cette compétition nous dépasse tous individuellement et que chacun doit jouer sa partition le mieux possible.

La compétition démarre par la mauvaise performance des Bleus qui perdent le match d’ouverture face à l’Argentine. Mais cette défaite ne douche pas l’enthousiasme du public. Au final, le premier week-end de ces Mondiaux est fabuleux. L’alchimie prend, tout se passe bien, la Coupe du Monde est lancée ! L’étape importante, ensuite, c’est la victoire de la France face aux All Blacks en quart de finale à Cardiff. Là, on sait que les Bleus iront au moins jusqu’au dernier jour de compétition ! Mais en fin de compte, « France 98 » restera « France 98 », et pas « France 2007 ». Il aura manqué l’apothéose. L’image que je garderai, c’est après la finale. Le bus des sud-africains doit partir, et on cherche partout l’ailier vedette des Springboks, Brian Habana. On le retrouve Coupe du Monde en mains, en train de se faire photographier avec un handicapé. Il a pris le temps pour ce geste qui est la traduction des valeurs du rugby dans les faits…

Le GIP 2007 est dissout le plus rapidement possible. Le chiffre d’affaires est de 265 millions d’Euros. Le bénéfice d’un peu plus de 30 millions d’euros. Tout est cloturé le le 31 mars 2008.

Le tour du monde
Le 14 avril 2008, nous partons faire un tour du monde en famille. J’ai trois filles de 7, 5 et 2 ans. Nous visitons les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie, l’Australie, le Japon, l’Inde. Et je rentre au bout de près de quatre mois… pour aller assister aux Jeux Olympiques de Pékin. J’y vais en spectateur et je me régale…

Expertise olympique
Au retour de Pékin, j’ai une idée bien plus claire de ce que je veux faire. Une suite logique en ce qui me concerne : la création de ma structure, en profession libérale, qui a le CIO comme client principal. Mes missions sont notamment l’accompagnement du projet d’organisation des premiers Jeux Olympiques de la Jeunesse à Singapour en 2010 où je travaille à nouveau avec Essar Gabriel, et la participation aux travaux des commissions d’évaluation sur les prochains JO de la Jeunesse et les Jeux Olympiques d’été 2016.

Je travaille aussi auprès de ma fédération d’origine, la FFBa pour l’organisation des championnats du monde de badminton 2010 à Paris, en tant qu’assistant à la maitrise d’ouvrage. Mettre aujourd’hui mes compétences techniques au service de mon sport est une grande satisfaction. J’accompagne également le CNOSF dans sa démarche vis-à-vis des villes françaises pré-requérantes à l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver 2018 en tant qu’expert.

Donner un sens à son activité
Au-delà de la passion du sport comme spectacle ou du sport comme activité, le sport, c’est une manière de vivre, un état d’esprit, une école de la vie. Contribuer à son développement ou à l’organisation de grands évènements sportifs, c’est participer à la vie de la cité. C’est cette contribution sociétale qui donne un sens à mon activité professionnelle. C’est une forme d’engagement « militant ». Je me sens donc actuellement extraordinairement privilégié de pouvoir allier vie professionnelle et passion. Pourvu que cela dure…



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Jeux Olympiques de la XXXIe Olympiade
Rio de Janeiro (Brésil)
5-21 août 2016