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Ophélie David : "Je me sens redevenir forte"

 


Ophélie David

Du 5 au 10 mars 2013, Voss (Norvège) sera le théâtre des championnats du monde de ski freestyle. Bosses, halfpipe, slopestyle, skicross... Ces disciplines ultra spectaculaires, dans lesquelles nos Français ont l'habitude de briller, seront donc à l'honneur. En skicross, Ophélie David, la tête d'affiche de l'équipe de France, briguera un second sacre mondial après celui acquis en 2007. Bien dans sa tête, bien dans ses skis, elle nous parle de ses ambitions...

Comment vous sentez-vous à l’approche des championnats du monde et quel est votre objectif ?
Je me sens dans une bonne période. J’ai gagné les qualifications lors de la préolympique de Sotchi, mi-février, avec de supers sensations. Malheureusement je fais une erreur en demie qui me coûte la finale et qui me laisse sur ma faim, d’autant que la course suivante en République Tchèque a été annulée. Du coup j’ai pris l’option de partir faire une Nor-Am aux Etats-Unis, que j’ai gagné, sur un tracé très plaisant, tout en finesse, tout en touché de neige avec des modules assez volumineux. C’était vraiment bien, avec une bonne atmosphère. Je pense que c’était la préparation idéale pour Voss.

Mon objectif sur ces Mondiaux est à la fois de faire une répétition générale sur une course d’un jour en vue des JO et également de décrocher le titre. C’est un objectif ambitieux certes, mais c’est palpitant, exaltant même. C’est chouette !

Vous avez donc pu repérer les futures installations olympiques lors de l’étape de Sotchi. Peut-on déjà ressentir l’âme olympique et qu’avez-vous pensé des sites de compétition ?
Avis partagé. La montagne est vraiment belle. On la regardait avec les yeux brillants. Il y a des lignes hors-piste absolument superbes. C’est un endroit magnifique.
En revanche, je n’ai rien vu de la ville, seulement l’aéroport et encore, que de nuit. La route de Sotchi à Rosa Khutor (site des épreuves de freestyle) est quant à elle un immense chantier de plusieurs dizaines de kilomètres de long. C’est un truc de malade ! C’est inimaginable que cela puisse être prêt l’année prochaine… Mais, connaissant les Russes, ce sera le cas ! C’est assez bluffant de se dire que ce sera fini dans les temps. Cela donne une ambiance très particulière, presque post-apocalyptique.
A Rosa Khutor même, malgré la chaleur des locaux, la tension était palpable, avec d’ores et déjà beaucoup de contrôles et un dispositif de sécurité très dense. En résumé, on sent qu’il y a quelque chose qui couve, qui bouillonne, mais la magie olympique, à proprement parler, reste assez invisible hormis les anneaux géants présents à Sotchi. C’est impressionnant.

Vous avez un palmarès très fourni en championnat du monde et en Coupe du monde, mais vierge au niveau olympique. Misez-vous beaucoup sur les JO de 2014 ?
Je pensais pouvoir rapidement tourner la page après Vancouver et ma chute, et donc mon échec. Finalement cela a pris plus de temps que prévu. J’ai mis à peu près deux ans à m’en remettre. Depuis que la page est réellement tournée, j’y vois clair et je pense à Sotchi. Le déclic s’est produit en février l’année dernière. Avant, je me sentais comme groggy, un peu en flottement. Ce n’était pas très limpide je crois dans ma tête.
Je me suis blessée dans une phase ascendante et je me suis demandé pourquoi cela arrivait à nouveau alors que tout était en place, que je me sentais bien, que dans ma tête les choses étaient plutôt posées. En y réfléchissant longuement, je me suis rendu compte qu’en réalité, je ne m’étais pas avouée que je crevais d’envie d’aller à Sotchi. A partir du moment où j’ai commencé à prendre conscience de cela et à regarder cette ambition en face, tout a été plus facile et la machine s’est mise en route toute seule. Depuis ce déclic, je sens que je me reconstruis et que la confiance revient. C’est incroyable ce que l’aspect psychologique peut faire. Aujourd’hui je prends un plaisir immense à skier. J’ai des sensations tops, je me régale, je me sens bien et je me sens redevenir forte. Ça me donne envie d’être au départ des courses et d’en découdre. C’est ultra dynamisant !

Parlons de la concurrence. Vous qui faites partie des taulières du circuit, avez-vous le sentiment qu’il existe un décalage avec les jeunes en termes de préparation, d’approche, de philosophie ?
Ce qui est intéressant dans le skicross, c’est que l’on peut avoir des armes et des points forts très différents. Le tout, c’est de s’en servir comme il faut, en étant malin. Il existe beaucoup de caractères, de stratégies et de skieurs différents. S’il y a bien un point commun à tous ceux qui performent c’est une espèce de félinité avec la piste. Pour le reste, les tempéraments, les préparations, les atouts physiques... Tout cela peut extrêmement varier.
Je regarde un peu ce que font les autres, je m’en inspire parfois. Il y a des athlètes que j’estime énormément. Je trouve en tout cas que c’est une chance que le niveau soit si élevé. C’est ce qui nous permet de nous transcender. Je me nourris énormément de mes adversaires. Elles sont fortes et c’est forcément du fil à retordre pour moi, mais cela me procure beaucoup de motivation lorsque je me retrouve seule et que je dois m’entraîner.
C’est un sport de confrontation directe et les gens pourraient croire qu’on se déteste, mais, en réalité, il y a un immense respect entre nous. C’est la qualité de l’adversité qui rend la victoire plus belle. Un peu comme à la fin d’un combat de boxe, où les deux opposants se tombent dans les bras après avoir bagarré pendant de nombreux rounds.

Vous êtes, depuis quelques années maintenant, la chef de file du skicross en France. Quel est votre avis sur l’équipe de France actuelle et sur qui faudra-t-il avoir un œil dans les années qui viennent ?
Je trouve que nous avons l’incroyable chance d’avoir des skieurs très talentueux en France et donc, en toute logique, nous avons une équipe de France très performante, qui monte en maturité et qui est promise à un bel avenir. Elle est composée de bons caractères et de belles personnes. Je suis hyper confiante pour les performances du collectif tricolore.
J’ai juste un bémol, pour ma part, sur le fait que le circuit skicross en France soit aussi sous développé. La relève se construit avec des bouts de ficelle, alors on sauve le truc parce que, encore une fois, on a un vivier de skieurs talentueux, mais la structure du circuit national n’est pas du tout adaptée. Il y a un véritable gouffre entre les catégories de poussins / benjamins et la fin des juniors. Entre ça, il n’existe presque rien pour les minimes et pour les cadets. Il y a un vrai trou alors que le skicross est un outil pédagogique pour le ski en général. Je trouve que l’on ne s’en sert pas suffisamment. La base est quasi inexistante et la vitrine ultra brillante. Pour l’instant cela tient, mais j’ai peur qu’à long terme cela soit préjudiciable.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite ?
Evidemment l’or olympique ! C’est ce pourquoi je m’entraîne et me lève chaque matin. Le but est clairement défini. Mais, ce qui me ferait encore plus plaisir, c’est que l’aventure humaine soit aussi belle que la médaille.