Comité national olympique et sportif français

Comité national olympique et sportif français

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Sapporo 1972

 

La fiche

Dates : 3 - 13 février
Nations : 35
Sports : 10
Sports de démonstration : néant
Epreuves : 35
Autres villes candidates : Banff (Can), Lahti (Fin), Salt Lake City (USA)
Participants : 1006 (800 hommes et 206 femmes)
Sélectionnés français : 43 (34 hommes - 9 femmes)
Médailles distribuées : 105
Palmarès français : 3 médailles (1 argent, 2 bronze)
Ouverture des Jeux : Proclamée par l'empereur Hiro-Hito
Serment Olympique : Prêté par le patineur de vitesse Keiichi Suzuki
Flamme Olympique : Allumée par le patineur de vitesse Hideki Takada
Président du CIO : Avery Brundage (USA)
Droits TV : 38 millions de francs (32 pour les USA - NBC - 6 pour l'Europe - UER)

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Les repères

Gigantisme
Trois mille représentants des médias pour mille concurrents : le gigantisme est en marche.

Fartage
Marie-Thérèse Nadig sacrée en descente et en géant, Bernhard Russi en descente. Sur la neige mouillée et granuleuse de Sapporo, les Suisses sont les rois du fartage.

Razzia
Avec 8 médailles sur 9 possibles, la RDA survole les épreuves de luge.

Sida
Vainqueur de l'épreuve masculine de patinage artistique, le Tchécoslovaque Ondrej Nepela est mort du sida le 2 février 1989. Il avait 38 ans.

Professeur
L'Américaine Dianne Holum, lauréate du 1500 m en patinage de vitesse fut ensuite l'entraîneur d'un certain Eric Heiden, avec le succès que l'on sait.

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Le résumé

Première asiatique réussie
Expulsion de Schranz en préambule

Une exclusion, sur fond de professionnalisme. Un Espagnol vainqueur en ski alpin. Un triplé japonais en saut à skis. Un triplé en or pour un patineur néerlandais et une fondeuse soviétique. Les premiers jeux Olympiques d'hiver organisés sur le continent asiatique ont été particulièrement riches en émotions fortes et variées.

Désignée pour accueillir les Jeux de 1940, mort-nés pour cause de conflit mondial, Sapporo, la capitale d'Hokkaïdo, l'île la plus septentrionale du Japon, organise enfin les JO d'hiver (photo 1), huit ans après le succès des Jeux d'été de Tokyo.

Le 3 février 1972, l'empereur Hirohito (photo 2) ouvre ces Jeux, auxquels plus de 1000 concurrents vont participer malgré l'éloignement de l'Europe.

Le Japon a mené à bien des travaux colossaux, défrichant et creusant la montagne à coups de dynamite et de bulldozers pour tracer les pistes de ski ou de bobsleigh, ou construire une tour de télévision (photo 3). Tant pis si ces installations seront détruites après les Jeux. Il faut montrer la puissance de l'économie et de la technologie japonaises.

Les dernières heures avant les Jeux ont été très agitées avec l'exclusion du grand champion de ski alpin Karl Schranz (photo 4), pour faits de professionnalisme, trois jours avant la cérémonie d'ouverture. Une décision sur laquelle le vieux et très rigide président du CIO, l'Américain Avery Brundage, a pesé de tout son poids.

Un Espagnol en vedette
Schranz étant le seul sanctionné, l'Autriche crie au scandale et parle de retirer ses représentants. Mais le champion autrichien lance un appel au calme. Quand il rentre au pays, quelques jours plus tard, il reçoit un accueil triomphal.

Le tournoi de hockey sur glace pâtit de l'absence du Canada, qui ne participe plus aux compétitions internationales depuis 1969 et n'envoie pas d'équipe à Sapporo pour protester contre le professionnalisme déguisé, en vigueur en URSS et en Europe de l'Est.

Sur le plan sportif, le Néerlandais Ard Schenk (photo 1) s'offre un somptueux triplé en or en patinage de vitesse, sur 1500, 5000 et 10.000 m. Exploit identique en ski de fond pour la Soviétique Galina Koulakova, victorieuse du 5 km, du 10 km et du relais 3x5 km.

Mais le héros de Sapporo est un Espagnol, Francisco Fernandez-Ochoa (photo 2), vainqueur surprise du slalom, qui donne à son pays sa première médaille d'or aux Jeux d'hiver.

Déjà privée de Schranz, l'Autriche reçoit comme une nouvelle gifle les 2es places en descente et en géant d'Annemarie Proell, devancée à chaque fois par la Suissesse Marie-Thérèse Nadig.

Enfin, Yukio Kasaya, Akitsugu Konno et Seiji Aochi (photo 3) offrent au public nippon un triplé en saut à skis, au tremplin de 70 m. C'est le premier titre olympique du Japon aux JO d'hiver. La fête est complète.

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Le fait

Schranz paie la note
Quatre ans plus tôt à Grenoble, un premier bras de fer avait opposé les skieurs à Avery Brundage. Le président du CIO leur reprochait d'être des professionnels déguisés et avait refusé de participer aux cérémonies de remise des médailles de l'alpin. Aux Jeux de Sapporo, M. Brundage (photo), qui s'apprête à quitter son poste, va livrer un dernier combat. Ce combat fera une victime de marque : Karl Schranz.

Depuis quelques semaines, le ton est monté entre le virulent octogénaire et l'idole de toute l'Autriche, vedette annoncée des Jeux de Sapporo. Pour ses compatriotes en effet, nul doute que Schranz va enfin gagner la médaille d'or olympique qui manque à son brillant palmarès.

M. Brundage (photo) a déclenché les hostilités en dénonçant, dans un courrier au président de la Fédération Internationale de ski Mark Hodler, une dizaine de skieurs de premier plan, estimant qu'ils doivent être exclus pour non respect des règles d'amateurisme en vigueur aux JO. Au total, il cite une quarantaine de skieurs ayant des contrats commerciaux.

La FIS n'apprécie pas : elle menace de quitter les Jeux et de tenir des Championnats du monde à Sapporo. C'est la crise au CIO, dont certains membres ne ménagent pas leurs critiques à l'encontre de leur président.

Brundage vainqueur 28 à 14
Schranz est l'une des principales cibles de M. Brundage. A 33 ans, il a tout gagné sauf les Jeux et il est considéré comme l'un des plus grands skieurs de l'histoire. D'origine modeste, ce fils d'un ouvrier des chemins de fer est riche. Certains affirment qu'il perçoit 50.000 dollars par an des fabricants de skis pour tester leur matériel.

Se croyant intouchable, Schranz critique vivement M. Brundage, lui reprochant de vouloir faire des Jeux pour les riches et estimant qu'il a un siècle de retard.

C'est la partie de bras de fer. A trois jours des Jeux, M. Brundage convoque la commission d'éligibilité, qui exclut l'Autrichien par 28 voix contre 14, notamment pour s'être livré à des opérations publicitaires. Le président du CIO a gagné.

Choqués, les Autrichiens envisagent de retirer leurs skieurs. Schranz (photo 1, à droite) les convainc de n'en rien faire. Il veut être la seule victime. Il le sera, et tous ses collègues de l'alpin pourront concourir sans problème.

Disqualifié du slalom de Grenoble, exclu des Jeux de Sapporo, Karl Schranz (photo 2, centre) ne sera jamais champion olympique.

A son retour à Vienne (photo 3), où l'ambassade américaine a connu manifestations et alertes à la bombe, il est acclamé par 100.000 personnes. En 1988, le CIO lui décernera une médaille symbolique de participant aux JO de Sapporo. Maigre consolation !

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L'exploit

"Paquito" héros de Sapporo
Pas la moindre victoire en Coupe du monde. Aucune place dans les cinq premiers non plus. Pas de quoi faire de Francisco Fernandez Ochoa un favori du slalom de Sapporo. Et puis, un Espagnol en ski alpin, ce n'est pas sérieux. "C'est comme si un Japonais devenait un roi des arènes", reconnaît-il lui-même.

Et pourtant, le Madrilène (photo 1) va causer une des plus grandes surprises de l'histoire des jeux Olympiques d'hiver.

En ce 13 février, dernier jour des Jeux, les favoris du slalom s'appellent Gustavo Thoeni et Jean-Noël Augert. Grands spécialistes de la discipline, l'Italien et le Français semblent appelés à se disputer le titre. En outre, Thoeni est en grande forme, il l'a prouvé en gagnant le géant trois jours plus tôt.


Fernandez Ochoa

Surprise après la première manche : c'est Fernandez Ochoa (photo 2) qui a réussi le meilleur temps, en 55 sec 36. Augert, deuxième, est relégué à 41 centièmes de seconde, Thoeni, auteur du 8e temps seulement, à 1 sec 33. Restent en course le Français Henri Duvillard, à 56 centièmes, ainsi que les Italiens Eberhard Schmalzl et Rolando Thoeni, le cousin de Gustavo, respectivement distancés de 75 et 78 centièmes.

Le Cordobes du ski
Jamais "Paquito" ne s'est trouvé si près d'une victoire. Les spécialistes restent sceptiques. Saura-t-il résister nerveusement dans la seconde manche ? Ses rivaux ne vont-ils pas se réveiller brutalement ?

De fait, Gustavo Thoeni fait parler la poudre : 53 sec 59. Il est premier. Seul cet Espagnol venu de nulle part peut encore se dresser entre lui et la médaille d'or.


Francisco Fernandez Ochoa

Il est 14h21. Francisco Fernandez Ochoa s'élance pour son rendez-vous avec la gloire. Il sait que l'Italien a réussi un temps canon. Malgré son avance, il ne peut donc se montrer trop prudent. Une à une, il efface les portes qu'il attaque avec fougue. A l'arrivée, il n'a concédé que 32 centièmes à Thoeni. Il lui reste une marge confortable de 1 sec et 1 centième. L'élève a donné la leçon au maître (photo 1).

A 12 jours de son 22e anniversaire, "Paquito" entre dans l'histoire en donnant à son pays sa première médaille d'or des Jeux d'hiver (photo 2). La seule à ce jour. Assommé par son exploit, il se compare à El Cordobes, le fameux torero.

Après Sapporo, Francisco Fernandez Ochoa gagnera un slalom de Coupe du monde, à Zakopane, en 1974. Ce sera la seule autre victoire de sa carrière.

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Les anecdotes

A domicile

Le triplé des Japonais (photo) Yukio Kasaya (centre), Akitsugu Konno (2e droite) et Seiji Aochi (2e gauche) en saut à skis, au tremplin de 70 m, réjouit d'autant plus le public que tous trois sont originaires de l'île d'Hokkaido, dont Sapporo est la capitale.

Chute
Une chute dans le 500 m prive Ard Schenk d'un Grand chelem. Le Néerlandais se contente du triplé 1500 m, 5000 m, 10.000 m. Quinze jours plus tard, il réussira le sans-faute aux Championnats du monde.

Déception

Avant les Jeux, Annemarie Proell (photo, à gauche) avait gagné toutes les descentes de la saison. A Sapporo, l'Autrichienne sera... 2e derrière l'étonnante Suissesse Marie-Thérèse Nadig (centre). Même scénario en slalom géant. Nadig n'avait, elle, jamais gagné une course de Coupe du monde.

Débuts
Pour ses premiers Jeux, le légendaire gardien Vladislav Tretiak remporte la médaille d'or de hockey sur glace. Il fera partie des équipes soviétiques victorieuses en 1976 et 1984 et sera médaillé d'argent en 1980.

Rodnina


Irina Rodnina

Irina Rodnina (photo) remporte sa première médaille d'or, avec Alexeï Oulianov. Elle en gagnera deux autres, mais avec Alexandre Zaitsev.

Amertume
Très déçue d'avoir été battue par Marie-Thérèse Nadig, Annemarie Proell refusa de se rendre à la traditionnelle conférence de presse d'après-compétition.

Doublé
Le Norvégien Magnar Solberg conserve son titre du 20 km. Depuis, aucun autre biathlète n'a réussi la passe de deux dans une épreuve individuelle.

Boue

Pour détendre les sportifs, le village olympique était doté d'un bain de boue. Les sportifs, comme les fondeurs finlandais Eero Maentyrata et Juha Mieto (photo), ont testé cette innovation proposant un mélange de bois et de boue porté à 60 degrés.

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Les français aux jeux

Vendredi 11 février. Dans quarante-huit heures la flamme s'éteindra au stade de glace ,de Makomanai. Les Français, toutes disciplines confondues, guettent désespérément une éclaircie. Leur campagne, surtout celle du ski alpin, tourne au cauchemar.
Ne portaient-ils pas le dueil de leurs illusions en défilant tout de noir vêtus lors de la Cérémonie d'ouverture ? Scénario catastrophe avant même le début des Jeux : Patrick Russel et Jacqueline Rouvier, blessés, sont absents; la championne du monde de slalom Ingrid Lafforgue a effectué le voyage mais, imparfaitement remise d'une double fracture à une jambe, elle est incapable de courir; Françoise Macchi tombe à l'entraînement et se donne une entorse au genou gauche; Annie Famose, dont la sélection a fait grogner quelques titulaires de l'équipe masculine, est menacée de disqualification par le CIO si elle n'annule pas sa "collaboration" avec une radio périphérique...
Dans la matinée du 11, slalom féminin sur le Mont Teine. Seconde manche. Britt Lafforgue tente son va-tout. Elle a la medaille d or en ligne de mire quand son bras gauche accroche un fanion à quinze secondes du but.
Danièle Debernard (17 ans et demi) abandonne le titre pour deux centièmes de seconde à l'Américaine Barbara Cochran. Florence Steurer mérite le bronze qui lui a échappé pour... un centième de seconde, en 1968 à Grenoble, dans le slalom géant.
Heurs et malheurs, certes, mais ces deux médailles sont accueillies avec soulagement par une délégation française traumatisée par les déboires en cascade des skieurs alpins.

Pas de chance pour Patrick Péra qui entre en piste dans la soirée pour le programme libre de patinage artistique... Obtenue un autre des dix autres jours de compétition - tous "jours sans" pour l'équipe de France -, sa méritoire médaille de bronze aurait déclenché un écho médiatique plus retentissant !

L'histoire se répète pour cet élégant patineur, déjà relégué dans l'ombre des "alpins" (8 médailles) à Grenoble. Le vendredi 16 février, jour de sa première médaille de bronze, la presse avait accordé l'essentiel de ses commentaires à Jean-Claude Killy, à la veille de boucler son triptyque olympique.

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Les médailles françaises

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