Sébastien Flûte revient !


C’est le fruit d’une longue réflexion démarrée à Pékin. Consultant sur place, Sébastien Flute vibre à la médaille des filles, la première des JO pour la France et la première du tir à l’arc depuis son titre en 1992.
L’envie est toujours là.
« Cela faisait huit ans que j’avais arrêté. Je me suis demandé si ce n’était pas qu’un gros coup de nostalgie, mais l’idée a continué à trotter dans ma tête. J’avais eu un retour de flamme quatre ans auparavant à Athènes mais qui était parti rapidement. Cette fois-ci, c’est resté et je me suis dit que cela pouvait être réalisable ». Sébastien sort de sa retraite sportive, objectif : Londres.
Néanmoins, Sébastien le reconnait, « il est difficile de tout plaquer pour repartir dans une logique de haut niveau. Il faut bien gagner sa vie ».

Dès lors, le retour se fait en deux temps : « Au début, je m’entrainais le matin de 6h à 9h, puis j’enchaînais ma journée de boulot, et un soir sur deux je retournais à l’entraînement. J’essayais de gratter un quart d’heure ici, 10mn par là… Au bout de 10 mois, j’ai décidé de passer à temps complet. Je ne veux rien regretter. J’ai la chance d’avoir développé une activité professionnelle dans le matériel de tir à l’arc. Elle arrive à maturité. Ce n’est pas facile de gérer les deux, mais cela me dégage quand même pas mal de temps ».
Et l’entraînement après une telle période d’interruption n’est pas une sinécure, d’autant que beaucoup d’éléments ont changé, à commencer par le matériel. « Il n’y a pas eu de révolution, mais le matériel a évolué vers la facilité d’utilisation et cela me va plutôt bien. A l’inverse, comme il est plus accessible, le niveau a augmenté ».
Au-delà du matériel, il y a les aspects physiques et techniques, mieux maîtrisés aujourd’hui. « Cela m’oblige à être plus rigoureux sur la préparation et récupération. Je ne peux pas me permettre de me blesser et de perdre 2 ou 3 mois. C’est une course contre la montre ».
" Relever un challenge "

Sébastien doit cependant relever un autre challenge, celui d’intégrer une équipe en place et performante. « Je craignais un peu le décalage entre nos générations », confie-t-il. « J’ai 40 ans et eux, la moitié de mon âge. Mais, finalement, cela s’est très bien passé. Aujourd’hui, je m’entraîne à l’INSEP, avec Romain, Jean-Charles, Gaël. C’est une excellente chose en termes d’émulation et de motivation. Il n’y a pas de différence au quotidien. On puise dans le vécu de chacun, on partage nos expériences. Je découvre le tir à l’arc d’aujourd’hui, le format des coupes du monde, les tireurs actuels, les forces en présence. Ces échanges là sont très riches ».
Et « les gamins », comme les appelle Sébastien, « ont plutôt bien bossé », puisqu’ils ont gagné les trois quotas possibles. « La question est maintenant de savoir qui va en profiter ». La sélection débutera au mois de mars, avec un premier « cut » de huit tireurs. Le choix se fera ensuite sur les résultats de début de saison.

Champion d’Europe 2010 en individuel, vice-champion du monde par équipe, Romain Girouille avait quatre ans lorsque Sébastien Flûte est devenu champion olympique en 1992. « C’était mon idole. J’avais des posters de lui dans ma chambre. Quand il a annoncé son retour, ma première réaction a été de me dire "wahou ! Je vais tirer avec Sébastien !". Lorsqu’il a commencé à s’entraîner avec nous, je n’osais pas trop l’aborder. J’étais un peu impressionné. Mais finalement, c’est quelqu’un de très ouvert. Il apporte énormément, et pas seulement sur son expérience et son passé. C’est enrichissant ».
Et s’il était admiratif du champion olympique, il l’est désormais de son partenaire d’entraînement. « C’est un très beau challenge, même s’il reste un adversaire comme un autre. Au départ, nous l’avons tiré vers le haut. Une reprise n’est jamais facile et nous lui avons servi de moteur. Maintenant qu’il est bien intégré au groupe, de par son expérience, son envie de réussir, cela crée de l’émulation et nous permet de monter notre niveau, c’est très intéressant ».
Pourtant, au même titre que d’autres, Sébastien pourrait tout à fait éclipser l’un des trois archers. « Il n'y en a un qui va rester sur le carreau », concède Romain, « après je ne dirais pas que cela fait peur mais cela va nous pousser à nous « défoncer » encore plus. On va devoir être au meilleur de notre forme. Sébastien se rapproche. Il est désormais dans les quatre-cinq majeurs français, et il a les moyens de se défendre à l’international. Aujourd’hui on est 5-6 à jouer pour trois places. En gros, on a une chance sur deux pour aller aux JO ». Et cette possibilité est réelle pour Sébastien qui a déjà remporté le championnat de France Scratch en août dernier à Montpellier en s'imposant 6-2 en finale face à... Romain Girouille.

Interrogé sur ce retour à la compétition, Stéphane Diagana, champion du monde du 400 mètres haies en 1997 et du relais 4x400 mètres en 2003 est également admiratif « parce que ce n’est pas un retour par dépit mais par envie, par challenge ».
De fait, insiste-t-il, « Sébastien est installé dans la vie professionnelle. Il a très bien géré sa reconversion. Il en revient pas parce qu’il n’a rien à côté. Il s’est lancé un défi. J’ai beaucoup de respect. Il va devoir faire l’effort de repartir presque à zéro. Il va revenir avec l’expérience en plus, des choses en moins. C’est un autre chemin, une autre histoire à écrire ».
Espérons que le chemin de Sébastien le mène au terrain de Lord’s Cricket Ground le 3 août 2012 pour conclure en beauté son histoire olympique.








