Innsbruck 1964
La fiche

Dates : 29 janvier - 9 février
Nations : 36 (les deux Corée sont présentes)
Sports : 10 (le bobsleigh revient, la luge apparaît)
Sport de démonstration : 1 (eisstockschiessen - variante allemande du curling)
Epreuves : 34
Autres villes candidates : Calgary (Can), Lahti (Fin)
Participants : 1.091 (891 hommes, 200 femmes)
Sélectionnés français : 31 (22 hommes - 9 femmes)
Médailles distribuées : 103 (3 médailles d'argent au 500 m messieurs de patinage de vitesse)
Palmarès français : 7 médailles (dont 3 d'or pour Marielle et Christine Goitschel et François Bonlieu en ski alpin)
Ouverture des Jeux : Proclamée par le Dr Adolf Schaerf, président de la République autrichienne
Serment Olympique : Prêté par le bobbeur Paul Aste
Flamme Olympique : Allumée par le skieur Joseph Rieder (la flamme vient pour la première fois d'Olympie)
Président du CIO : Avery Brundage (USA)
Droits TV : 4,5 millions de francs (3 pour les USA - ABC - 1,5 pour l'Europe - UER)
Les repères

Innovation
C'est à Innsbruck que le saut à skis se dote d'une deuxième épreuve individuelle. Désormais, on parlera de tremplin normal et de grand tremplin.
Prince
Le membre le plus prestigieux de la délégation iranienne, le prince Karim Aga Khan, se classe 59e de la descente et 53e du slalom géant.
Première
Le Canada gagne le bob à 4. C'est la première fois que ce pays est engagé dans les épreuves olympiques de bobsleigh.
Killy
Un jeune Français de 20 ans fait des débuts olympiques relativement discrets. S'il prend une bonne 5e place en géant, Jean-Claude Killy est disqualifié en slalom.
Le résumé
Le foehn et Skoblikova en vedettes
Pour leur première escale en Autriche, place forte du ski alpin, les Jeux d'hiver sont fortement perturbés par les caprices du foehn, ce vent chaud qui avait déjà gêné les organisateurs de Saint-Moritz en 1928 et en 1948.
Le programme olympique perturbé
Choisie à une écrasante majorité de préférence à Calgary et Lahti pour organiser les JO de 1964, Innsbruck doit mobiliser l'armée autrichienne pour transporter plusieurs dizaines de milliers de tonnes de neige sur les sites de compétition et rétablir en catastrophe une situation un moment compromise.
Finalement, ces 9es Jeux d'hiver, où la barre des 1.000 concurrents est franchie pour la première fois, sont un succès sportif et populaire, malgré des sites un peu dispersés.

Lydia Skoblikova
L'héroïne de ces Jeux est Lydia Skoblikova (photo), qui gagne les quatre courses du patinage de vitesse féminin. Avec ses deux titres de Squaw Valley, la Soviétique détient alors le record de médailles d'or des Jeux d'hiver.
Le ski alpin féminin est marqué par le "double doublé" des soeurs Goitschel. Christine (photo 1, gauche) devance Marielle (photo 1, droite) en slalom. Marielle précède Christine en géant. Euphorique, le ski français s'offre une troisième médaille d'or, en géant, par François Bonlieu.

Les soeurs Goitschel

En ski de fond, le Finlandais Eero Maentyrantae (photo 2, 2e plan) et le Suédois Sixten Jernberg (photo 2, devant) enlèvent chacun 2 médailles d'or. Jernberg prend sa retraite avec 9 médailles dont 4 d'or à son palmarès. Chez les dames, triplé en or de la Soviétique Claudia Boyarskikh.
Pour son apparition aux JO, la luge couronne exclusivement des concurrents germanophones, les Allemands Thomas Koehler et Ortrun Onderlein en monoplace, les Autrichiens Josef Feistmantl et Manfred Stengl en biplace.

En patinage artistique, le couple soviétique Ludmilla Beloussova - Oleg Protopopov (photo 3) fait admirer son élégance et remporte la première de ses deux médailles d'or olympiques.
Drames
Malheureusement, ces Jeux sont endeuillés par deux drames, tous deux survenus à l'entraînement quelques jours avant le début des JO, l'un en ski alpin, l'autre à la luge. Le jeune skieur australien Ross Milne, 19 ans, décède après avoir heurté un arbre, et le lugeur britannique d'origine polonaise Kazimierz Skrzypecki se tue à la suite d'une violente sortie de piste.
Le fait
L'armée à la rescousse
De mémoire de Tyrolien, on n'a jamais vu cela. En ce mois de janvier 1964, la neige se fait rare à Innsbruck où sévit le foehn, ce vent chaud si redouté des organisateurs de compétitions de sports d'hiver. Or, dans quelques jours, la capitale du Tyrol autrichien accueille les 9es jeux Olympiques d'hiver. Les membres du comité d'organisation ne cachent pas leur inquiétude.

La situation est d'autant plus critique que, vu la position géographique de l'Autriche, en plein centre du continent européen, on prévoit la venue d'un million de spectateurs.
Il faut donc agir, et vite. Devant l'urgence et la gravité de la situation, les responsables des Jeux décident de faire appel à l'armée autrichienne (photo). Rapidement, cette dernière mobilise quelque deux mille hommes pour mener à bien l'opération.
20.000 mètres cubes de neige

Les soldats autrichiens iront chercher la neige du côté du col du Brenner, à une cinquantaine de kilomètres d'Innsbruck. Ils transporteront ainsi plus de 20.000 mètres cubes de neige (certains disent 40.000) pour en "habiller" la Patscherkofel et la Lizum, les pistes de ski alpin, ainsi que le parcours des épreuves de ski de fond (photo). Le tout sous la direction de Wolfgang Friedel, un spécialiste de la préparation des pistes de ski.
En outre, les militaires doivent tailler de toute urgence des briques de glace prélevées sur un sommet voisin et les installer sur les pistes de bobsleigh et de luge.
A une dizaine de jours de la cérémonie d'ouverture, la pluie vient tout remettre en question. Une nouvelle fois, l'armée sauve la situation.
Le 29 janvier, quand le président autrichien Alfred Schaerf déclare ouverts les 9es jeux Olympiques d'hiver, les organisateurs sont soulagés. Le plus dur est derrière eux : les premiers JO de l'Autriche auront bien lieu.
L'exploit
Skoblikova reçue 4 sur 4
Quatre courses, quatre victoires. Sur l'anneau de vitesse d'Innsbruck, Lydia Skobliva signe l'exploit des 9es Jeux d'hiver.
C'est en quadruple championne du monde que la Soviétique se présente, le 30 janvier, au départ du 500 m, la distance où elle semble le plus vulnérable.

Longtemps, sa compatriote Irina Egorova pourra se croire championne olympique, ayant réussi le meilleur temps, en 45 sec 4. Jusqu'au passage de l'avant-dernière paire, dans laquelle figure Skoblikova (photo). La jeune femme, originaire de Zlatoust dans l'Oural, signe un remarquable chrono de 45 sec juste, à un dixième du record du monde. Première médaille d'or.
Dès lors, Lydia Skoblikova n'a plus qu'à dérouler. Le lendemain, elle conserve son titre du 1500 m en reléguant à près de 3 secondes la Finlandaise Kaija Mustonen. Vingt-quatre heures plus tard, elle gagne le 1000 m en battant Irina Egorova de plus d'une seconde.
Et de 6 !

Elle devient ainsi la première femme à enlever 3 médailles d'or aux mêmes JO d'hiver. Enfin, le 2 février, elle gagne le 3000 m, comme elle l'avait fait quatre ans plus tôt aux Jeux de Squaw Valley, portant à six son total de médailles d'or aux Jeux d'hiver. Avant elle, personne, ni homme, ni femme, n'avait totalisé plus de 4 médailles d'or aux JO d'hiver.
A un mois de son 25e anniversaire, Lydia Skoblikova (photo) entre dans la légende des jeux Olympiques.
Il faudra attendre trente ans pour que la fondeuse russe Lioubov Egorova, enlève à son tour 6 couronnes olympiques, réparties entre les Jeux d'Albertville en 1992 et de Lillehammer en 1994.
Les anecdotes
Suprématie
L'URSS arrive largement en tête au tableau des nations avec 25 médailles, dont 11 d'or. La Norvège est 2e avec 15 dont 3 du plus précieux métal.
Surprise
Mauvaise surprise pour les concurrents : ils doivent payer leur billet d'entrée pour assister aux épreuves dans lesquelles ils ne sont pas engagés.
Sauveur
En remportant le 500 m de patinage de vitesse, Terry McDermott évite une petite humiliation aux Etats-Unis. Sans ce coiffeur du Michigan, les Américains rentraient sans la moindre médaille d'or, ce qui ne leur est jamais arrivé.
Famille

La famille Zimmermann rapporte 2 médailles d'Innsbruck, une d'or avec Egon en descente (photo), l'autre d'argent avec sa soeur Edith, toujours en descente.
Déception
L'Inde s'apprête à faire ses grands débuts aux JO d'hiver. Hélas, son seul engagé, un skieur, se blesse et ne peut prendre le départ.
Démonstration
Un seul sport de démonstration à Innsbruck : l'eisstockschiessen, une sorte de curling. Deux des quatre épreuves reviennent à l'Allemagne, les deux autres à l'Autriche.
Meurtre

Le Français François Bonlieu (photo), champion olympique de géant à Innsbruck, mourra assassiné sur la Croisette à Cannes le 18 août 1973. Il avait 36 ans.
Les Français aux jeux
Jean Vuarnet a bien ouvert la voie du renouveau quatre ans plus tôt à Squaw Valley. Honoré Bonnet a replacé le ski alpin français sur les rails du succès. II a désigné Jean Béranger pour encadrer les skieuses. Un tout jeune entraîneur encore prudent quant au devenir de "ses" filles.

Deux d'entre elles ne partagent pas les hésitations de leur "coach". D'Innsbruck, Marielle et Christine Goitschel écrivent à leurs parents Hélène et Robert, restés dans leur chalet "Helrob" à Val d'Isère, une carte postale ainsi libellée "Nous sommes en forme, nous allons gagner, Christine et moi" et signée "Marielle, alias la grosse mère. "
1er février : slalom à la Lizum, sous un ciel couvert. Marielle, meilleur temps de la première manche, est dépassée par Christine dans la seconde.
3 février : slalom géant sous le soleil, et nouveau festival des "soeurs de la neige" pour un impressionnant chassé-croisé.
Cette fois-ci, Marielle, sans respect pour le droit d'aînesse, laisse l'argent à Christine. Commentaire de la lauréate: "Ma soeur avait gagné avec le dossard 14, je ne pouvais que l'imiter avec le même numéro..."
Deux courses, quatre médailles ! Ce "doublé" familial frappe l'opinion publique et bat le rappel de la presse du coeur. Christine (20 ans), douce et discrète, est un peu effrayée par ce charivari. C'est du bout des lèvres qu'elle livre son secret : elle aime Jean Béranger qu'elle épousera dans deux ans. Marielle (19 ans), volubile et exhubérante, annonce aux micros tendus ses prochaines fiancailles avec Killy. Son voisin de Val d'Isère, d'abord surpris, entre dans le jeu pendant quelques heures...
Ce déchaînement médiatique oblitère quelque peu, et c'est bien dommage, la médaille d'or de François Baulieu, le "petit Prince" mélancolique et marginal du ski, les médailles d'argent de Léo Lacroix dans la périlleuse descente du Patscherkofel - l'Australien Ross Milne s'y est tué à l'entraînement - et d'Alain Calmat.
Ce patineur concilie avec succès études et sport de compétition. Candidat à la médaille d'or, il est soudainement tétanisé par le trac. Son programme libre tourne au calvaire. "Mon fils n'est pas champion olympique mais il fera un excellent médecin", conclut avec philo sophie la mère du champion. Calmat deviendra même ministre des Sports précisément vingt ans plus tard...





