Comité national olympique et sportif français

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Jean-Philippe Gatien : "garder la flamme"

 

Jean-Philippe Gatien, double médaillé olympique et champion du monde 1993 en tennis de table, a mené une très longue carrière au plus haut niveau, ponctuée par quatre participations aux Jeux, avant de raccrocher en 2004. Il mène depuis lors une "retraite " très active sans jamais s’éloigner de la table de jeu, et tente de faire progresser son sport. "Philou" raconte son parcours…

L’enfant de la balle
Je suis né le 16 octobre 1968 à Alès. Le Tennis de Table était comme une évidence pour moi : mon père, un passionné, ancien joueur devenu Président de la Ligue de Languedoc Roussillon, avait installé une salle dans notre maison avec une table. Avec lui et mon frère, plus âgé de 4 ans ½, nous jouions tous les soirs. Je crois que j’ai touché mes premières balles vers 4 ans. Tous ces petits jeux ont fait naître en moi la passion, je me suis inscrit au club de Salindres à 7 ans, je jouais deux fois par semaine, il y avait les compétitions et… trois Gatien sur six personnes dans l’équipe 1 du club ! A 8 ans, j’ai battu mon père pour la première fois. Même s’il n’avait pas forcément apprécié, cela l’avait empli de fierté ! Les résultats en compétition ont suivi, j’ai gravi les échelons petit à petit.

Une rencontre capitale
J’ai onze ans lorsque je rencontre Michel Gadal, (aujourd’hui DTN du Tennis de Table, ndlr). Il est à l’époque (1979) Cadre Technique Régional (CTR) du Languedoc-Roussillon. Il décèle mon potentiel et nous décidons qu’il va m’entraîner deux jours dans la semaine, une fois à Salindres, l’autre chez lui à Montpellier. Michel Gadal voit grand, très grand pour moi. Il me tient d’emblée un discours ambitieux : «Nous allons essayer de monter au plus haut niveau. Tu dois devenir champion du monde». Cela veut dire être un jour capable de battre les Chinois, les meilleurs pongistes de la planète.

Michel m’explique, alors que je ne suis pas encore adolescent, qu’il n’est pas possible de s’entraîner autant qu’eux. De plus, la masse de joueurs là-bas est impressionnante. Une seule solution : développer un système de jeu pour les surprendre. C’est ainsi que nous mettons en place un jeu basé sur la vitesse, la rapidité d’exécution, prendre la balle très tôt après le rebond pour désorganiser l’adversaire. Tout cela parait un peu fou pour le gamin que je suis, mais dès lors, je sais pourquoi je m’entraîne, et dans quel objectif. Michel a donné un sens à mon travail quotidien……

Direction l’INSEP
En septembre 1981, j’ai treize ans lorsque j’intègre l’INSEP. Une véritable déchirure sur le plan familial. Heureusement je reviens à Alès tous les week-end ! L’INSEP sera pour moi un gros accélérateur de maturité. On est très entouré, et à la fois très seul. Il faut se prendre en mains. J’apprends à être autonome et intègre très tôt de solides valeurs : sens de l’effort, rigueur, travail, respect des règles et de l’adversaire. Les résultats arrivent assez vite, dans chaque catégorie d’âge. Je deviens champion de France juniors en 1983 alors que je suis encore cadet. J’ai quitté le club de Salindres pour intégrer celui de Tours, en division 1. Puis je rejoins Levallois où je resterai jusqu’à la fin de ma carrière.

Vers la consécration mondiale
En 1988, le Tennis de Table devient sport olympique. Une grande chance pour les joueurs de ma génération ! Je passe mon bac peu avant de me retrouver à Séoul. Quel choc ! Je n’avais aucune idée de ce que pouvaient représenter les JO. Et là bas, je suis un peu comme devant mon poste de TV : spectateur plus qu’acteur. A Séoul, je suis éliminé dès les qualifications. Mais je quitte la Corée en sachant ce que représente cet univers dans lequel on peut se perdre si on n’est pas concentré sur son objectif.

Durant les quatre années qui suivent, je deviens un des meilleurs joueurs européens. Je ne suis pas souvent battu, je ne cesse de grimper dans la hiérarchie mondiale. Le plan mis en place depuis si longtemps avec Michel Gadal se déroule… comme prévu. Mon système de jeu devient de plus en plus efficace et j’arrive à Barcelone en position de N°1 mondial. Le Suédois Waldner est le N°2 du classement. Je vais vivre une fantastique épopée lors de ces Jeux 1992, très au point dans la gestion de mon quotidien, sachant ne pas me disperser pour rester concentré sur la compétition. Je ne m’aperçois pas que mon parcours barcelonais a déclenché un véritable élan en France ! Je me retrouve en finale face à Waldner, le N°1 contre le N°2, et il me bat sèchement, 3 sets à 0. Cette défaite va me servir. Médaillé d’argent, je comprends qu’une finale ne se prépare pas comme un autre match…. Je comprends aussi dans les semaines qui suivent que la gestion du succès n’est pas forcément quelque chose de facile à maîtriser…

Le sommet
Dix mois après les Jeux, me voilà en finale des championnats du monde 1993 à Göteborg, face au Belge Jean-Michel Saive. Je le bats au bout du suspense, 21-18 dans le 5e set, et je me dis que ces deux points d’écart au final, ce titre mondial, je les dois probablement à ma défaite barcelonaise. J’ai acquis l’expérience de ces moments exceptionnels que lui n’avait pas encore. Rien ne remplace l’expérience. 1991, 1992 et 1993 auront été les trois années où mon système de jeu se sera montré le plus efficace, les années de maturité et de plénitude, les années où les prévisions de Michel Gadal se seront réalisées. Magique !

Une grande douleur
Je lorgne évidemment sur les Jeux d’Atlanta, mais je vais m’y planter sur toute la ligne. J’ai pourtant mené une préparation rigoureuse et encore plus approfondie qu’à l’accoutumée. J’arrive à Atlanta en ayant vraiment la sensation d’avoir mis tous les atouts de mon côté pour n’avoir aucun regret. Et là bas, un matin, en 20mn, je perds en qualifications contre un joueur tchèque. C’est le coup de massue. Je vais beaucoup m’interroger, subir des critiques qui font mal, et vivre un tournant dans ma carrière. Du «Ping-passion», de la découverte du haut niveau et des grands titres, je vais passer à une nouvelle période de ma carrière : "le Ping-gestion". Des choix différents dans mes compétitions et une volonté plus grande de m’intéresser un peu plus à l’aspect économique des choses.

Avant Sydney, je cible mes objectifs, gagnant le top 12 européen en 1997, et je vis une très belle aventure collective avec Patrick Chila, Damien Eloi et Christophe Legoût. Nous sommes champions d’Europe en 1998. Je gagne aussi deux médailles mondiales en double avec Damien Eloi, mais je m’associe à Patrick Chila avant les Jeux. Nous remportons les championnats d’Europe, nous avons de très bons résultats et de grosses ambitions olympiques, mais… à six semaines de notre départ pour l’Australie, celui grâce à qui toute cette aventure est née, mon père, décède un matin, en buvant son café. Tout s’effondre. La compétition devient anecdotique. Je n’ai plus le cœur à rien. J’annule la préparation. Avec Patrick, lors des obsèques de mon père, nous nous disons que nous allons essayer de remporter une médaille… pour lui.

La dernière médaille

A Sydney, je passe au travers du tournoi de simple. Ma tête est ailleurs….. Mais je ne sais par quelle magie, nous progressons en double, Patrick Chila et moi, et nous nous retrouvons face à des Coréens dans le match pour la 3e place. Nous gagnons. C’est énorme. La plus "dorée" de mes médailles de bronze. Un grand moment humain et sportif. En revenant d’Australie, je vais déposer un bout de ruban de notre médaille sur la tombe de mon père.

Après mes 4e Jeux, je reçois une proposition venue du Japon, pour participer au circuit Pro. Je l’accepte pour des raisons financières, dans un bon timing, puisque je ne l’aurais pas fait au top de ma carrière : l’argent n’était pas mon moteur. Je passe trois ans au Japon en me mettant un peu à l’abri financièrement.

Fin de carrière
Je ne peux défendre mes chances correctement dans ce qui constitue un de mes derniers objectifs : les Mondiaux à Paris, en 2003. J’ai en effet été victime d’un accident de canyoning lors de la préparation. Très frustré, est-ce le moment d’arrêter ? Non, il y a les Jeux d’Athènes, et je veux terminer ma carrière sur la sensation de m’être bien préparé pour une compétition majeure. Je ne maîtrise pas ma santé, malheureusement, je dois être opéré d’une hernie discale. Je vais mener un combat constant en 2003-2004 entre repos et entraînement. Je n’arrive pas à me qualifier. C’est fini. En mars 2004, je ferme les volets. Pas de malaise, tout est clair, je passe à autre chose. J’ai été comblé, et je pense que l’on arrête plus facilement si on a obtenu des grands titres.

Jamais loin de la table
Suite à une rencontre au Club France à Athènes, j’intègre un "Masters" de sport-management-stratégie à l’ESSEC (Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales). Une expérience enrichissante, qui me donne l’envie d’entreprendre au-delà de ce que j’aurais imaginé. Je suis ce cursus jusqu’en 2006, tout en mettant en place ma tournée d’adieux, dans toute la France, les clubs, les ligues. Je vais témoigner de ma carrière au plus haut niveau, montrer ce qu’est l’entraînement, projeter des images, échanger, mettre en place des séquences de démonstration, bref, donner tout le temps que je n’avais pas eu précédemment.

En 2005 je suis également chargé d’organiser le Grand Prix de Levallois, avec Caroline Chila. Nous proposons notamment, lors de l’édition 2007 une «démo» avec mon vieux rival suédois Jan-Ove Waldner (photo), équipant tous les spectateurs d’une oreillette et leur rejouant les derniers points de notre finale barcelonaise en les commentant ! Je collabore aussi comme consultant pour un équipementier, Cornilleau, leader européen des tables et raquettes loisirs qui va prochainement se lancer dans la compétition. Je travaille sur l’élaboration des produits et sur les tests.

Enfin, j’ai monté une association, «Ping Attitude», qui a pour vocation de développer des actions autour du Tennis de Table à destination des enfants. Ping Attitude a trois volets d’intervention : social, éducation et bien être, santé. Nous avons mis des actions en place en Seine St-Denis et à Grenoble sur le volet social, des passerelles entre les quartiers défavorisés et les clubs de tennis de table, nous intervenons dans des collèges du 93 pour parler des valeurs du sport. Nous intervenons également au travers d’ateliers pratiques auprès d’enfants hospitalisés à la Maison de Solenn à Paris.

Garder la flamme
Une retraite active, cela se prépare. Cela doit murir. Tout le monde n’a malheureusement pas la chance de pouvoir vivre de son sport, autrement dit, de "s’acheter du temps". Pour ma part, je n’étais pas dans la hâte, j’ai pu bien réfléchir, je m’estime donc chanceux et privilégié. Il faut toujours penser au fait qu’une carrière sportive peut s’arrêter a tout moment. Il faut se former continuellement. Il existe des moyens aujourd’hui, comme l’e-learning.

L’athlète doit penser à s’enrichir intellectuellement et conserver la flamme, la curiosité qui lui permettront de mieux rebondir par la suite. Le comportement et l’image que l’on donne durant sa carrière ont aussi leur importance pour la suite. Les valeurs que nous véhiculons et ce que nous construisons durant notre carrière sportive doivent nous servir. Il faut prendre conscience de notre richesse, garder à l’esprit que nous avons développé beaucoup de qualités qui nous seront utiles dans notre "deuxième vie".
Le sport nous a donné cette chance, il suffit ensuite d’avoir la volonté d’y associer de nouvelles compétences pour vivre au mieux cette transition que tant redoutent.



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Jeux Olympiques de la XXXIe Olympiade
Rio de Janeiro (Brésil)
5-21 août 2016