Comité national olympique et sportif français

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Joël Bouzou pour la paix par le sport

 

Joël Bouzou, champion du monde de pentathlon en 1987, est aujourd’hui conseiller du prince Albert II de Monaco et mène un projet planétaire destiné à utiliser le sport pour apporter la paix, le dialogue, partout où c’est nécessaire. Il continue également à siéger dans les instances internationales de son sport d’origine, mettant toute son énergie à le moderniser pour lui permettre de se pérenniser dans le programme olympique. D’Auch à la Principauté, il raconte son parcours.

Un sport pour les pratiquer tous
Je suis un enfant de la balle. A Auch, où j’ai grandi (je suis né le 30 octobre 1955), mon père était professeur d’EPS, et toute la famille était sportive. Mes deux sœurs sont elles aussi devenues profs d’éducation physique; l’une d’elle est aujourd’hui CTR du pentathlon. Nous pratiquions également tous l’escrime, nous participions à des cross, nous faisions de l’athlétisme et l’été, mon père gérait un centre de vacances dans lequel il y avait trois piscines et un lac ! J’ai littéralement baigné dans tous ces sports, j'ai grandi à «l’élevage extensif». Vers 12 ans, j’ai aussi tâté le tir et l’équitation. Je faisais tellement de sport, j’adorais en pratiquer plusieurs, et j’ai fini par en découvrir un qui me permettait de faire tout en même temps : le pentathlon. Mes parents considéraient aussi que cela pourrait me calmer un peu : j’étais un enfant dissipé.

Le pentathlon ou l’escrime ?
Dans les années 1970, j’ai commencé à me déplacer beaucoup, notamment à travers des rencontres franco-allemandes, des stages internationaux. J’ai atteint un bon niveau vers 17 ans, en même temps que je passais mon bac, en 1973. Mais je n’étais pas en sport-études. J’étais "un touche à tout un" peu chanceux. Je ne mesurais pas encore ce qu’il fallait faire pour parvenir au plus haut niveau international. Après le bac, je suis allé à l’UREPS de Toulouse, puis j’ai rejoint l’INS qui est devenu l’INSEP. Je n’ai pas disputé les Jeux de Montréal en 1976 car je ne m’entraînais pas suffisamment : je donnais priorité à mes études. J’ai obtenu mon CAPES en 1977, à 21 ans. Je me suis donc retrouvé professeur d’EPS en me disant «et maintenant, tu fais quoi ?».

J’ai passé le concours de maitre d’armes (BE1, BE2) à l’INSEP. A partir de là, j’ai commencé à m’entraîner énormément. Je suis entré en équipe de France de pentathlon et j’ai disputé les championnats du monde 1978. Puis je suis parti à l’armée, au Bataillon de Joinville, réservé aux sportifs de haut niveau. Je suis sorti major de son école d’escrime. Je me suis donc retrouvé en équipe de France d’escrime en plus de celle de pentathlon ! J’ai disputé les Jeux de Moscou en 1980 et nous avons fini 5e par équipes en pentathlon. Mais ça aurait aussi bien pu tourner vers l’escrime pour moi. J’étais dans les 5 ou 6 meilleurs Français à l’épée. Je disputais des compétitions internationales. Je me posais des questions, j’avais toujours aimé vivre dehors, mais j’étais trop faible en natation. J’ai fait des simulations en informatique et décidé que si je n’arrivais pas à réaliser 3'38" au 300m, je laisserais tomber le pentathlon. Aux championnats du monde 1981, j’ai signé… 3'38", j’ai terminé 5e, puis 3e des mondiaux 82 et j’ai fait le choix définitif du pentathlon.

Le sommet et l’arrêt de la carrière sportive
A partir de là, je suis resté dans les meilleurs mondiaux. Aux Jeux de Los Angeles, nous avons remporté la médaille de bronze par équipes avec Didier Boubé et Paul Four (photo). J’ai continué jusqu’au point culminant de ma carrière, les mondiaux 1987 que j’ai remportés. L’année suivante, champion du monde en titre, je n’ai pu que finir 4e des Jeux de Séoul. J’avais eu un sérieux problème dans ma préparation : on m’avait volé mon pistolet, deux mois avant de partir en Corée. Il est très difficile de s’adapter à une autre arme, et ces Jeux resteront un regret pour moi.

J’ai encore disputé les Jeux de Barcelone 1992 puis j’ai arrêté ma carrière. Je n’étais pas au bout du rouleau mais un nouveau rôle m’attendait : DTN. Entre temps, sur la fin de ma vie de sportif de haut niveau, j’avais passé un DEA en sciences de la vie à l’hôpital Cochin de Paris, mon 3e degré d’entraîneur à l’INSEP, et un DESS en droit et économie du sport à Limoges. En fait, dès la fin des années 1980, j’étais déjà athlète et DTN adjoint. J’appliquais ce que j’apprenais sur l’entraînement. Je tentais de trouver le point d’équilibre entre les quantités d’entraînement en natation et en course pour optimiser les deux. Je suis finalement parvenu à la conclusion que l’entraînement course devait aller de paire avec l’entraînement escrime. C’est ainsi que nous avons lancé la génération Sébastien Deleigne.

Exposer le pentathlon
En 1992, je deviens donc DTN de la fédération… qui n’en était pas encore une, puisqu’à cette époque, le pentathlon français était géré par une commission nationale. La finale de la Coupe du Monde 1993 devait avoir lieu en France. Je voulais qu’elle soit télévisée. Je suis allé voir Daniel Pautrat, alors responsable chez Eurosport, en lui demandant s’il pouvait la diffuser. Il m’a répondu que non, que mon sport était trop vieux. J’ai donc travaillé sur une compétition en un seul jour, j’ai monté la production et j’ai même commenté l’épreuve ! Daniel Pautrat m’a félicité. L’année suivante, il y avait les championnats du monde dans notre pays. J’y suis retourné et, de nouveau, il m’a dit non. J’ai encore monté la production que j’ai autofinancée, puis je me suis occupé du Tour Mondial.

Des responsabilités internationales
En 1995, les membres du bureau exécutif de la fédération internationale m’ont demandé de les rejoindre en me présentant à la direction de la commission média. J’ai été élu. Le siège de la « FI » était au Danemark, mais il fut rapidement question de le déplacer à Monaco ou à Lausanne. Ce fut Monaco. En 1997, j’étais toujours DTN et membre du bureau exécutif de la Fédération Internationale lorsque le président du CNOSF, Henri Sérandour, m’a proposé de prendre la direction de son cabinet. Le président de la FI me demandait dans le même temps d’en devenir son secrétaire général. J’ai décidé de réfléchir. Et finalement, je suis parti m’installer à Monaco et j'ai pris le poste.

Fin 1997, lors de la session du CIO, le président Juan Antonio Samaranch a annoncé que le pentathlon allait peut-être disparaître du programme olympique. Nous avons donc travaillé d’arrache pied pour moderniser notre sport. En changeant le format, en changeant le tir. Nous projetons maintenant, pour Londres 2012 de proposer le tir durant la course, comme au biathlon. Le travail porte aussi sur le raccourcissement de l’épreuve pour la rendre plus télégénique. Les femmes sont entrées au programme en 2000. Nous avons lancé la couverture des épreuves en direct sur internet. Cette tâche est passionnante.

Une action sociale
Au début des années 1990 j’ai également crée le Rassemblement par le Sport, le RPS. L’idée étant d’amener des jeunes de la rue au sport, avec l’aide de champions reconnus. Après avoir audité des « clubs ressource », nous avons pu impliquer plus de 20.000 jeunes dans plusieurs opérations. Cela m’a fait murir dans une perspective internationale.

A partir de 1998-1999, je me suis beaucoup rapproché du Prince Albert de Monaco. Nous avons disputé quelques compétitions « pro-am » ou « pro-célébrités » de pentathlon ensemble (photo). Je l’ai mis au courant de mes activités. En 2005, Albert II a commencé son règne. Il m’a demandé de devenir son conseiller, pour que je l’aide à fonctionner, entre ses rôles de chef d’Etat et de membre du CIO. J’ai accepté avec grand plaisir. Je lui ai dit qu’il était possible de contribuer à la paix par le sport. Les dirigeants sont à la tête de réseaux, les règles sportives sont les mêmes sur toute la planète, qui mieux que lui pour faire la promotion de ce projet ? Je suis devenu officiellement conseiller d’Albert 1er en 2006, année où l’on m’a également élevé au rang de chevalier de la Légion d’honneur.

L’organisation pour la paix par le sport
J’ai aujourd’hui une double casquette. Secrétaire général de la Fédération Internationale de Pentathlon et conseiller du prince Albert de Monaco. Après un an de travail, nous avons créé en janvier 2007 « Peace and sport », l’organisation de la paix par le sport. Il s’agit de mettre en contact des chefs d’état avec la gouvernance du sport mondial afin d’intervenir dans les zones de conflit, les zones de pauvreté, les quartiers sensibles des grandes agglomérations. Il s’agit d’installer la règle là où elle n’existe plus. Il s‘agit de faire en sorte que les différentes communautés recréent du lien par le sport.

Il est particulièrement intéressant de mener ce projet avec Albert II : c’est un chef d’Etat, d’un Etat neutre qui plus est, c’est un olympien, il est membre du CIO, médiatisé et son pouvoir est pérenne. Il a de fait toute la crédibilité pour faire avancer ce projet passionnant.

Notre premier congrès aura lieu du 5 au 7 décembre prochain à Monaco, avec la participation du CIO, de l’UNESCO et des gouvernements du sport, les Fédérations Internationales. Mon poste de trésorier de l’association des Olympiens procède de cette démarche. Afin de mobiliser les grands champions internationaux pour ce projet. Il faut positionner le sport comme une solution pour apporter la paix. Même si l’on n’aime pas la différence, nous devons l’accepter. Nous voulons faire des choses toutes simples pour que les gens puissent se reparler. Apporter des messages qui peuvent faciliter le travail des politiques.

Voilà où j’en suis aujourd’hui. Ma vie est remplie de passion.



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Jeux Olympiques de la XXXIe Olympiade
Rio de Janeiro (Brésil)
5-21 août 2016