Benoit Valentin : «Il y a toujours de la peur »
Le ski freestyle va découvrir l'univers olympique en janvier lors des premiers Jeux Olympiques de la Jeunesse d'hiver à Innsbruck. Une répétition avant l'entrée officielle au programme des Jeux Olympiques, en 2014 à Sotchi. La saison 2012 débute par une tournée américaine avec pour première étape le Visa U.S. Halfpipe Grand Prix de Copper Mountain (5-10 décembre 2011). Benoit Valentin, espoir de la discipline, vainqueur du Globe de cristal en 2011, nous fait partager sa passion.

Photo : Louis Garnier
Un mac twist suivi d’un alley-hoop flat 360, un Switch 7 ou un flair… des mots barbares incompréhensibles pour les non-initiés ! Ils désignent tout simplement les noms des figures qui constituent le ski freestyle half-pipe, une discipline apparue à la fin des années 1990, et qui fera son entrée dans la famille olympique en 2014 lors des JO de Sotchi.
La France fait partie des meilleures nations en half-pipe à ski, au même titre que le Canada, les Etats-Unis ou la Nouvelle-Zélande. Champion du monde de half-pipe 2009, quatre fois vainqueur des X‐Games, le Français Kevin Rolland en est l’un des plus grands ambassadeurs. Mais, derrière, les jeunes pousses pointent le bout de leurs nez, à l’image de Benoit Valentin, 18 ans, vainqueur du Globe de Cristal en 2011. Portrait.
Originaire de la Plagne, Benoit a commencé le ski alpin dès le plus jeune âge, comme tout gamin de montagne. Mais, « lassé de tourner autour d’un piquet rouge et bleu toute la journée », Benoit s’essaye au ski freestyle dans le club de sa station. « J’étais attiré par le côté fun de ce sport. J’ai tout de suite adhéré », déclare-t-il, « Aujourd’hui, j’adore ce que je fais et je ne m’en lasse pas ».
12m du sol, la tête en bas
S’élancer avec des skis dans un tube glacé, enchaîner cinq ou six figures de droite à gauche lors d’un run (une descente), voilà donc ce qui fait « kiffer » Benoit. Séparés d’environ 20m, les deux murs du demi-tube s’élèvent à 7m de hauteur. Les rideurs montent ensuite à des hauteurs atteignant près de 5 mètres pour réaliser leurs figures. « Le half-pipe est conçu de manière à ce qu’il y ait une mini poussée au sommet au moment du saut pour garder de la hauteur », explique Benoit. « On est obligé de pousser un peu sur les jambes au sommet pour ne pas sortir du half-pipe et retomber dans le mur. Si on ne pousse pas, on passe derrière ».

En bas de ce grand tube glacé, six arbitres jugent sur 100 points le run global du skieur, ce qu’on appelle l’overall. Ils attendent la fin de la descente pour rendre leurs verdicts. Les sauts ne sont pas classifiés comme pour le patinage artistique. Pas de note par figure, ni de coefficient de difficulté. Ici, c’est l’impression générale qui compte. « La principale difficulté est d’allier tous les critères qui vont pouvoir te faire gagner, c’est-à-dire la hauteur, le style, la technicité des sauts. Ce sont principalement les trois gros critères de notation », précise le Savoyard.
S’élever à 12 mètres du sol en se retrouvant la tête à l’envers engendre forcément quelques craintes…même pour ces skieurs hors norme ! « Tout le monde éprouve de l’appréhension », concède Benoit. « Personnellement, je ressens toujours de la peur dans mes courses. Lorsque je m’élance pour faire un gros saut, je ne suis pas rassuré…mais c’est une chose qui se travaille. On arrive à contrôler nos craintes. Le travail technique permet également de mieux se connaître. On sait si on est capable d’y aller ou pas. Et puis, l’entraîneur est là pour ça aussi, forcément. Mais il faut l’avouer, il y a toujours de la peur. »
Le risque, la perte de repère
Par ailleurs, il arrive parfois que les freestylers se désunissent une fois en l’air. « Ce n’est pas un problème de ski parce qu’à chaque fois que l’on commence un saut, on le finit. Le petit hic, c’est la perte de repères. Quand on se perd, on ne sait plus si on a la tête en bas, la tête en haut, on ne voit plus rien autour de nous. Là, c’est plus compliqué et on peut se faire bien mal en atterrissant ». Pour régler ces problèmes d’orientation dans l’espace, les skieurs effectuent des entraînements spécifiques en trampoline et en water-jump, des sauts dans l’eau. « En passant par ses étapes, on évite de se perdre en l’air mais on n’est jamais à l’abri. Cela peut arriver à tout moment pendant un saut. Tu as beau être le meilleur mondial, tu peux arriver de te perdre ». Les runs demandent donc énormément de concentration.

Kevin Rolland
« Mon plus gros saut s’appelle le double-cork 1260 : on passe deux fois la tête en bas avec trois tours et demi sur nous-mêmes », décrit Benoit. « Je fais aussi des sauts plus faciles comme le mac-twist (une fois la tête en bas), on tourne beaucoup sur nous même en 5-4, 540, 720, 900, 1080 ». Benoit pratique encore ces figures dites faciles, mais il avoue avoir de plus en plus recours à de gros sauts avec deux fois la tête en bas, parce que son sport avance et qu’il est en perpétuelle évolution. Cette année, le jeune skieur, qui fêtera ses 19 ans dans 2 jours, s’est fixé pour objectif de faire un maximum de podiums. « Je veux tout gagner pour me construire le plus gros palmarès possible jusqu’aux Jeux Olympiques, et ainsi être prêt dans la tête. Mais je suis conscient que je manque d’expérience, de mental et de technique comparé à Kevin Rolland par exemple ». Quant aux Jeux Olympiques, ils sont dans sa ligne de mire. « J’y pense évidemment mais c’est encore loin. Ce n’est pas pour demain. Il me reste encore beaucoup de choses à faire et à gagner avant… »





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