Comité national olympique et sportif français

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Claude-Louis Gallien, « une candidature de proximité »

 


Photos : FISU, Asian University Sports Federation, CNO de Chine, FFSU, République du Tatarstan





L’Universiade d’été de Schenzen 2011 est entrée dans l’histoire du sport universitaire français. Non seulement l’équipe de France y récolte un nombre record de médailles, mais, par ailleurs, l’Assemblée générale de la Fédération Internationale du Sport Universitaire (FISU) a élu Claude-Louis Gallien à sa présidence ; l’aboutissement d’un long chemin pour l’ancien vice-président du CNOSF (1998-2009), inlassable dirigeant du sport universitaire et de la lutte contre le dopage.

Claude-Louis Gallien a découvert l’Universiade en 1967, à Tokyo, comme lanceur de marteau. Il n’en quittera plus l’univers, tant sportif que professionnel. Dès lors en effet, le biologiste associe sa vie à l’Université. Du doctorat au professorat, Claude-Louis Gallien, désormais professeur émérite de l'université Paris Descartes, a servi sur les bancs, les chaires et les terrains de sport universitaires. Ancien président du Paris Université Club, puis de la Fédération Française du Sport Universitaire, Claude-Louis Gallien revient sur sa campagne, sur sa stratégie pour la FISU, et sur l’Universiade de Schenzen.

Bonjour et félicitations Monsieur… le président ou le professeur ?

Comme vous le sentez... en réalité, j’aimerais tellement être encore un étudiant, et un athlète !

Comment avez-vous construit cette élection ?

Accéder à la présidence d’une institution sportive internationale prend du temps. C’est une compétition, précédée d’une longue période de préparation. C’est une course de fond tout autant qu’un travail de lanceur puisque j’y ai mis toute la vigueur dont j’étais capable. Pour réussir à convaincre, il faut faire ses preuves, s’être présenté plusieurs fois à des élections. Pour ma part, j’ai été élu deux fois vice-président, deux fois premier vice-président... cela m’a donné la possibilité de démontrer mon savoir-faire et de présenter un bon bilan personnel.

La campagne proprement dite a réellement été lancée plus d’un an avant l’élection. J’ai fait une candidature de proximité. J’ai envoyé des milliers d’emails dans 152 pays, adressés de façon individuelle, aux représentants des fédérations nationales, en essayant de connaitre chacun de mes interlocuteurs. Avoir établi des relations personnelles, un dialogue, a été très important.


Messieurs Killian, président sortant de la FISU, et Gallien, son successeur

Mon parcours personnel, sportif, professionnel et universitaire, conforme aux valeurs d’origine du mouvement, a également beaucoup joué. Le groupe emmené par le président sortant exprimait de son côté des ambitions très professionnalisées, fort différentes de ce qui constitue le sport universitaire.

J’ai par ailleurs reçu une aide importante du Ministère des Affaires étrangères. Certaines de nos ambassades, des consulats, ont pris contact avec les fédérations nationales, s'efforçant de convaincre, de confirmer ce que les gens pensaient de moi.


Claude-Louis Gallien en visite auprès du président de la République du Tatarstan

Dans tous les cas de figure, il y a une part de politique dans ces élections. J’ai ainsi eu la possibilité de faire alliance avec deux candidats européens postulant également à la présidence. Ils se sont finalement retirés, estimant que j’avais plus de chance qu’eux d’être élu et se trouvant plus en conformité avec mon projet qu’avec celui du président sortant. Il a aussi fallu convaincre les pays de la Confédération des Etats Indépendants réunis autour de la Russie. C’était important également car c’est à Kazan (Russie) que sera organisée la prochaine Universiade. Le groupe des pays asiatiques m’a également beaucoup soutenu.

Quels sont vos projets, vos dossiers prioritaires pour ce début de mandat ?

Avant tout, il faut une stratégie de fond. La FISU, comme son nom l’indique, c’est le Sport et l’Université. Son rôle est de favoriser l’excellence, le meilleur niveau, dans le domaine sportif et dans ce que le sport peut apporter à l’enseignement supérieur. C’est la vision de base. Il nous faut essayer d’expliquer qu’il est possible de faire des études et du sport de haut-niveau. Possible et recommandé parce que les deux sont liés. Nous ne sommes pas n’importe quel sport, nous sommes le sport universitaire. Pour nous, le sport a une action éducative qui doit être utilisée. Nous avons beaucoup d’idées qui peuvent paraitre un peu théoriques, mais nous sommes déterminés à les ancrer dans la réalité.

Sur le détail des choses, nous allons continuer à nous rapprocher de nos membres associés, les organisations continentales. J’ai initié ce mouvement il y a quelques années. Nous apportons déjà un soutien logistique et financier mais il faut arrêter le saupoudrage et rendre cette relation plus pragmatique. Nous allons également essayer de développer des actions de formation, dans le moyen et long terme.

Nous travaillerons aussi, aux côtés des fédérations nationales, à établir des liens directs avec les Universités.
Ce ne sera pas possible avec tous les pays et toutes les Universités, mais nous pouvons disposer d’un réseau de grandes Universités ayant accepté d’institutionnaliser formellement nos relations et d’utiliser le sport comme moyen éducatif. J’ai déjà des contacts et je vais essayer de les faire fructifier.

Ainsi, nous projetons de faire une grande conférence scientifique sur le sport et l’entraînement, avec U-Tech, Université de Technologie de Kingston, en Jamaïque. Nous en profiterions pour faire une action de formation sur toute la Jamaïque, la zone Caraïbe et l’Amérique Centrale. Cet événement, dont l’organisation est confiée au responsable du département d'éducation physique et sportive de l'Université, qui est aussi un grand éducateur et entraîneur du sprint jamaïquain, serait associé à une grande manifestation sportive et culturelle à laquelle nous pourrions faire venir des athlètes étudiants du monde entier comme Christophe Lemaître, pourquoi pas ? C’est ambitieux, mais intéressant du fait que la Jamaïque a fait mieux que près de 136 pays lors des dernières Universiades. Ils ont peut-être quelque chose à apporter sur ce que l’on peut faire au niveau des Universités en utilisant le sport.


La délégation française à Schenzen

Enfin, il nous faut essayer de développer d’avantage notre notoriété. On nous dit toujours que l’Universiade est le deuxième événement dans le sport après les Jeux Olympiques.
Cela est vrai en termes de participation. Il y avait ainsi plus de 12 000 personnes dans le village des Jeux Universitaires de Schenzen, 26 sports différents. C’est considérable et on n'en parle peut-être pas assez. Mais pour cela, il faut le savoir faire (que nous avons) mais aussi le faire savoir.

Nous disposons déjà d’une très bonne couverture médiatique. Mais avec les médias et les nouveaux moyens de communication, nous avons des vecteurs intéressants pour toucher notre public. Ce dernier est bien particulier, plus ciblé que pour d’autres événements, puisqu’il est constitué d’étudiants et de sportifs. Je pense que nous disposons d’atouts que l’on n’a pas suffisamment utilisés. Il nous faut mieux valoriser nos actions ainsi que notre population spécifique d’universitaires pour donner une image de nous plus perceptible.
Une des choses que l’on va également faire, et j’ai déjà pris rendez-vous avec le président Jacques Rogge à ce propos, c’est d’établir d’avantage de liens avec le Comité international olympique et les Fédérations internationales.

L’éthique, la défense du français ont toujours fait partie de vos chevaux de bataille. Comment allez-vous les mettre en œuvre dans le cadre de votre présidence ?

Le sport universitaire a des valeurs. Ce sont également celles de l’Olympisme, mais peut-être ont-elles été davantage préservées dans le milieu du sport universitaire qui n’est pas colonisé par la puissance de l’argent et les impératifs de sponsorisation.

Nous avons certes besoin de nos partenaires, mais nous pouvons les attirer parce que l’on a gardé une certaine fraicheur dans notre façon d’appréhender le sport. L’éthique, l’excellence, sont des valeurs universitaires autant que sportives que nous essayons de concilier, que l’on doit préserver, mais également diffuser.


Claude-Louis Gallien lors du colloque Sport Santé organisé en 2009 à la Maison du sport français

La lutte contre le dopage est aussi très importante pour nous. Je m’en suis d’ailleurs beaucoup occupé en France. Il n’y a pas beaucoup de dopage dans le sport Universitaire… Nous avons le gros problème du cannabis, mais relativement peu avec d’autres substances de type amphétamines, nandrolone ou EPO. Nous avons donc plus un rôle de veille, de prévention et d’information.
Léducation se fait aujourd’hui à plusieurs niveaux, notamment par Internet, la télévision. Si l’on est capables de projeter une image très propre et enthousiaste de l'excellence sportive, qui est encore celle du jeu et de la gaieté, peut-être que cela aura aussi une valeur éducative vis-à-vis de la jeunesse.

Par ailleurs, il ne s'agit pas d’imposer la langue française. La meilleure façon de la faire connaître et aimer, c’est déjà de donner la possibilité à plusieurs langues de s’exprimer. C’est l’anglais, le français, mais aussi l’espagnol, le chinois, le russe. Selon les contextes, nous essayons déjà de donner un peu plus de place aux différentes langues de travail de la FISU. A partir de là, les gens comprennent qu’ils peuvent parler différentes langues et qu’il n’y a pas une espèce de monopole d'un anglais imparfait, basique. Ça demande du travail, mais c’est faisable. Le monopole de la langue est aussi le monopole des idées étroites. Si on ne parle pas bien une langue, on n’a pas les idées de sa bonne pratique. Et si la langue que l'on utilise n’est pas très bien développée, les idées ne le sont pas non plus. Il ne s’agit pas de protéger la langue française mais de permettre un épanouissement multi-culturel et multi-linguistique.

Un dernier mot sur l’Universiade de Schenzen ?

Schenzen a réservé un accueil de très grande qualité à l’Universiade. On a réussi à casser quelques codes et à faire bouger quelques lignes. Ainsi, la cérémonie de clôture n’a pas été traditionnelle avec les athlètes qui tournent autour d’un stade, etc. Il y avait certes les drapeaux, l’hymne de la FISU, les athlètes, mais tout s’est fait dans un parc d’attraction représentant les principaux monuments de la planète, avec une Tour Eiffel de 60m de haut et l'arc de triomphe en arrière plan ! L’ambiance a été de ce fait plus festive, avec une plus grande liberté ressentie par les participants. Cela a été très bien perçu et c’est une initiative que l’on va prendre en compte, que l’on va essayer de développer.


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