Emmie Charayron : « Le triathlon donne du sens à ma vie »

ITU / Janos Schmidt
Samedi 25 juin 2011, à Pontevedra (Espagne), Emmie Charayron est devenue championne d'Europe Elite de triathlon courte distance, une première depuis 1995. Née le 17 janvier 1990 à Lyon et licenciée au Lagardère Paris Racing, Emmie franchit là une nouvelle étape dans un parcours de triathlète déjà exceptionnel. Championne d'Europe junior 2008 et 2009, championne du monde junior 2009, deuxième de l’étape de la Série Mondiale de Madrid en juin 2010, Emmie Charayron a désormais fait des Jeux Olympiques de Londres 2012 son objectif prioritaire. Découverte d’une triathlète surdouée.

Isabelle Mouthon-Michellys avait marqué l’histoire du triathlon français en remportant notamment le titre européen en 1991 et 1995. A sa suite, chez les hommes, Frédéric Belaubre avait succédé à Yves Cordier, titré en 1989, en devenant par trois fois champion d’Europe, en 2005, 2006 et 2008. Cette dernière année, une jeune athlète raflait son premier titre européen chez les juniors : Emmie Charayron qui, de son propre aveu, avait « déjà en tête de le remporter dans la catégorie Elite ». Trois ans plus tard, c’est désormais chose faite, Emmie s’étant imposée avec brio samedi 25 juin 2011. « Je suis très contente de ce titre », s’exclame-t-elle la voie enjouée, « c’est vraiment super. J’avais déjà eu des titres en juniors, mais là, je vis des moments magiques, une histoire merveilleuse. Cela fait 16 ans que la France n’avait pas obtenu de titre de championne d’Europe… c’est une page d’histoire qui s’écrit ».
« Je voulais m’imposer avec panache »
Et cette page, Emmie l’a écrite à la sueur d’un front chauffé à blanc par la fournaise ibérique. Il faut dire que l’heure de départ de la course, fixée à 12h30, annonçait une épreuve éprouvante pour les organismes. « La température a atteint jusqu’à 43° le long du parcours », témoigne d’ailleurs Emmie. Mais la jeune Rhodanienne aime ces conditions, elle qui, 20 jours plus tôt, était de nouveau montée sur le podium madrilène (troisième). « La chaleur m’a toujours plutôt réussi », admet-elle.
Toutefois, sur ce championnat d’Europe, Emmie partait avec le numéro 1. « Tous les yeux étaient donc un peu braqués sur moi au départ et j’avais un peu la pression de réussir une bonne course », explique-t-elle ; d’autant qu’en l’absence de la championne d'Europe en titre, la Suisse Nicola Spirig, blessée, et de la Suédoise Lisa Norden, troisième en 2010, elle se savait attendue. « En plus des conditions de course difficiles, il me fallait donc gérer ce stress. J’ai essayé de rester bien concentrée sur ce que j’avais à faire et ça s’est bien passé. Jusqu’à présent, depuis le début de saison, j’ai toujours réalisé une bonne partie de natation qui me permettait d’être toujours dans le bon groupe. La stratégie était d’essayer de bien nager pour sortir devant, avant de rouler à vélo pour creuser l’écart avec les athlètes fortes sur la course à pieds ».
Las, Emmie le reconnait, son passage au premier tour en natation est « un peu raté » (23ème à 53s. sur le premier tour). La jeune Française réagit néanmoins rapidement et accélère dans les derniers 750m de natation. Le vélo comptait huit tours, au sein du peloton de tête, elle réalise un excellent parcours. « Nous avons bien roulé et nous sommes revenues sur les cinq échappées au bout du troisième tour. Après, j’ai contrôlé la course », raconte-t-elle.
Trois groupes s’étaient alors créés.

« On a finalement posé le vélo avec 40s d’avance sur le deuxième groupe. Du coup, j’ai directement décidé de partir vite à pied, et j’ai réussi à tenir, même s’il faisait très très chaud. Je me disais que les concurrentes souffraient également. Je crois que je leur ai pris 15s par tour environ ». Au final, Emmie s’impose avec 1'27'' d’avance sur la Tchèque Vendula Frintova et l'Italienne Annamaria Mazzetti. « Je voulais m’imposer avec panache, pas juste gagner », précise la nouvelle championne d’Europe. « Je souhaitais marquer les esprits, montrer que je courrais, que j’étais là ! Et c’était vraiment fabuleux, il y avait beaucoup de monde sur ces petites routes. C’était un peu comme le Tour de France avec un public vraiment présent. »
Emmie Charayron est lucide. « Une course n’est jamais finie tant que la ligne n’est pas franchie », mais pour autant, elle s’était « préparée pour gagner. Lorsque je m’engage sur une course c’est pour aller chercher la victoire, a minima le podium.C'est ainsi que je respecte le travail de toutes les Athlètes. Une médaille, c’est toujours une médaille. Mais la victoire c’est vraiment ce que je cherche à acquérir au fil de mes entrainements ».
« Le sport est une vraie école de la vie »
Cette médaille est donc une concrétisation pour Emmie, aujourd’hui sur son nuage. « Je suis vraiment épanouie, je suis dans une phase vraiment magique de mon existence. J’ai plaisir à m’entraîner dur, et là, je suis récompensée. C’est vraiment motivant. Le triathlon de haut niveau donne du sens à ma vie, il construit ma vie. Il m’apprend beaucoup. Le sport est une vraie école de la vie ».
Et cette école, Emmie la côtoie depuis son plus jeune âge, elle qui a débuté le sport en loisir vers 4 ans, avec la gymnastique d’abord, puis, plus tard, la randonnée, le skating, le biathlon… « Quand j’étais jeune, j’étais axée sur les sports extérieurs, la randonnée en montagne, le ski de fond, les grandes marches en famille. Je n’avais pas de sport vraiment attribué. Vers 10 ans, et jusqu’à l’âge de 15 ans, je me suis mise au ski de fond. On adorait. En hiver, on y allait à peu près tous les week-ends et cela a sans aucun doute permis d’augmenter mon endurance. A cet âge là, comme mon père pratiquait le triathlon et que nous étions dans le même club, j’ai commencé à me mettre à l’eau, à m’amuser. J’ai ensuite participé à des courses Avenir et c’est monté. J’ai ainsi remporté un titre de championne de France dans chaque catégorie de jeunes ».

3000m, cross, duathlon… Emmie aime l’endurance. Et, au-dessus de tout, il y a le triathlon. « J’éprouve un réel intérêt à la discipline. J’adore le triathlon », confie-t-elle. Une passion familiale que son père, qui l’entraîne, a parfaitement su encadrer. « Ce n’est pas son métier, il est professeur d’EPS, mais il m’a toujours entrainée », explique Emmie. « Dans le cadre du Parcours d’excellence sportive que la fédération a mis en place avec ses athlètes, il existe la possibilité de labelliser des structures familiales comme un pôle », poursuit-elle. Et c’est cette option que la famille Charayron a préféré. « C’est le choix que nous avons fait et qui a été rendu possible grâce à l’intelligence de la fédération et de son directeur technique national, Franck Bignet, qui soutiennent mon travail dans cet environnement, familial complètement en phase avec le projet Fédéral. Je souhaitais rester dans ma région Rhône-Alpes. Du coup, je m’entraine chez moi, à Messimy ».
Et force est de constater que « pour l’instant, cela marche très bien ». De fait, Emmie semble avoir trouvé l’équilibre le plus optimal : « C’est dans mon environnement que j’ai construit tout ce dont j’ai besoin pour aller vers la performance. Mon entourage a plaisir à me voir tous les jours m’engager dans mon projet et c’est important pour eux de voir que reste à leurs côté. J’ai tout à disposition et continuer à côtoyer mes proches m’aide beaucoup. J’ai besoin de ça pour être performante. Je partage leur quotidien. »

Emmie est en effet bien accompagnée dans sa démarche. « Tout s’est mis en place au fur et à mesure des années », relate-t-elle. « Laurent Massias, DTN Adjoint, qui, à la fédération, est en charge d’organiser les Parcours d’excellence sportive et de valider les structures familiales est souvent venu nous visiter. Il a pensé à des solutions pour la salle de musculation, installée juste à côté de la piscine, ce qui est vraiment parfait. Rien n’est arrivé tout cuit. Il a fallu faire preuve de persévérance. La Communauté de communes des Vallons du lyonnais m’a beaucoup aidé, notamment au niveau de la piscine, des créneaux horaires, ce qui est primordial en triathlon ». Et les résultats suivent. « Du coup, tous me soutiennent de plus en plus et nous partageons les succès », comme avec cette immense banderole de félicitations déployée dans la piscine à son retour d’Espagne par le directeur des Sports de la CCVL Patrick mongour et ses équipes.
« Les Jeux Olympiques resteront toujours quelque chose d’exceptionnel »
Désormais, son regard est posé plus au Nord, vers Londres. Ses ambitions olympiques, Emmie les a en effet vues naître dès ses années de cadette. Elle qui, outre ses capacités physiques, se reconnait la persévérance, l’humilité et l’humanité comme ses plus grandes qualités, tient d’ailleurs déjà un discours d’Olympienne. Ce titre européen constitue d’ailleurs une première marche vers les Jeux. L’épreuve s’inscrit en effet dans les critères de sélection retenus par la Fédération française de triathlon pour Londres. Les autres critères seront le test event de Londres, les 6 et 7 août prochains et la grande finale des championnats du monde de Pékin, en septembre, au cours desquels il conviendra de finir dans le Top 8.
D’ici là, l’entraînement d’Emmie est « complètement axé vers le recherche de performance. Comment progresser, aller plus vite encore ? Nous utilisons plein d’outil qui aident à la performance. Entre autres le SRM, qui permet d’enregistrer les valeurs de puissance, ou encore le HRV qui permet des prises de mesure du cœur et permet de prévenir le surentrainement. Pour la conception, la philosophie, la projection de l'entraînement je laisse mon entraîneur maître d'oeuvre, tout en participant activement ».

Cette préparation requiert une quantité de travail énorme. « C’est très difficile et pour ma part, je ne me sens pas en mesure de mener un double projet ». En troisième année de STAPS après avoir obtenu son baccalauréat scientifique avec un an d’avance, Emmie a placé le projet Londres avant tout le reste.
« En ce moment, j’ai mis l’université entre parenthèse. J’ai un tuteur qui comprend mon projet et me conseille sur la formation. Alors, c’est vrai que je ne travaille pas trop à la fac pour le moment, mais je ne veux pas du tout abandonner. Simplement, là, j’ai une autre priorité. J’avais un choix à faire et je veux aller à Londres. Rien que de le dire, ça me fait trembler la voix. Les Jeux Olympiques resteront toujours quelque chose d’exceptionnel. Plus qu’une course, ils portent des valeurs philosophique et humaines ».
Emmie qui a déjà couru par deux fois à Londres, prenant notamment la 15e place de la manche de Coupe du monde senior de 2010 (première Française) a donc pris rendez-vous avec l’Olympisme. Le parcours, qui passera devant Buckingham, sera certes quelque peu modifié pour le test event et les Jeux, mais d’ores et déjà, Emmie a « pris la température de l’air et de l’eau ». Il fera très chaud à Londres en août 2012…





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