Comité national olympique et sportif français

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L'envol de Coline Mattel

 


Photo : Stian Broch

A 15 ans, Coline Mattel est le joyau français du saut à ski féminin, une discipline pressentie pour faire son entrée au programme des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014. La jeune championne des Contamines-Montjoie a vécu un hiver majuscule, ponctué par six victoires sur le circuit international (la « Coupe Continentale »), un titre de championne du monde junior remporté fin janvier, et une médaille de bronze mondiale un mois plus tard sur le tremplin d’Holmenkollen en Norvège, la première de l’histoire pour la France en saut ! Comme elle, sa discipline prend son véritable envol, avec cette perspective olympique et la création de la Coupe du monde la saison prochaine. Rencontre.


photo: Manuguf/CC-By-SA

Depuis son plus jeune âge, Coline Mattel, enfant des montagnes (aux Contamines-Montjoie, son père est pisteur-secouriste, sa mère a travaillé auprès de l’office du tourisme de la station haut-savoyarde, et tous deux s'occupent d'un refuge) aime voler. Haut. Loin. « J’étais sur les skis à 3 ans, j’ai fait de l’alpin, du snowboard, du fond aussi » raconte Coline. « J’avais 7 ans quand nos entraîneurs nous ont amené sur le tremplin des Houches. J’ai fait mon premier essai, j’ai tout de suite aimé. J’étais si petite qu’on m’a fabriqué une combinaison sur mesure. Je m’y suis mise à fond. J’ai arrêté l’alpin, puis le ski de fond, et à 11 ans, j’ai disputé ma première compétition internationale »

Jacques Gaillard, son entraîneur, qui fut dans les années 1990 le mentor de Fabrice Guy et Sylvain Guillaume auteurs du doublé en combiné nordique aux Jeux d’Albertville 1992, raconte : « Je l’ai découverte la première fois qu’elle a disputé une épreuve de la Coupe continentale, en 2007. Compte tenu de son âge, on s’est tout de suite rendus-compte qu’elle avait du talent, du tempérament, qu’elle pouvait aller loin. A 12 ans, elle a intégré un groupe fédéral très relevé, mais elle ne participait pas à tous les stages. Nous avions le souci de la ménager. Avec son caractère de cochon, nous avons souvent eu des clashes. Mais Coline m’est apparue unique, comme aucun des athlètes avec qui j’ai travaillé durant toute ma carrière ».


Coline avec ses trois médailles juniors (photo : Manuguf/CC-By-SA)

La progression de Coline est fulgurante, même si elle est freinée à un moment, durant la saison 2008-2009. « J’ai grandi de 5cm d’un coup et j’ai perdu tous mes repères » explique-t-elle. Elle s’installe parmi les meilleures spécialistes mondiales, aussi bien au niveau juniors (elle enchaîne, lors des championnats du monde, le bronze en 2009, l’argent en 2010 et l’or en 2011) qu’en Coupe continentale, mue par sa passion.
« La sensation de vitesse, de liberté, voler, des moments indescriptibles, l’environnement, les voyages, la découverte de nouveaux endroits, les rapports humains exceptionnels avec toutes les filles qui se battent sur le circuit ».

Pour Jacques Gaillard, «Coline brille par son intelligence, elle est autonome depuis longtemps déjà. Elle est constante, régulière, c’est une gagneuse, avec un mental exceptionnel.»

Un hiver 2011 au sommet


Coline Mattel, victorieuse à Braunlage le 15 janvier 2011, salue Daniela Iraschko (photo : Manuguf/CC-By-SA)

Cet hiver, Coline bataille aux avant-postes avec l’Autrichienne Daniela Iraschko. A partir du 28 août 2010, et en dehors de deux 4e places, elle monte sur les podiums de toutes les compétitions de la Coupe Continentale et signe six victoires en 19 concours disputés. Le 27 janvier, elle remporte le titre de championne du monde juniors à Otepää (Estonie). Les 12 et 13 février, elle s’impose deux fois de suite sur le tremplin de Zakopane (Pologne). Puis… « Coline, qui venait de réaliser ce que personne n’avait jamais fait à son âge, s’est retrouvée un peu usée mentalement, n’ayant pas eu le temps de récupérer. Dans les 10 jours qui ont précédé les Mondiaux à Oslo, elle était moins bien, ne sortant plus de sauts à 100% », raconte Jacques Gaillard. « Mais je suis restée confiante », ajoute Coline.

Le 25 février, lors du concours des championnats du monde à Holmenkollen, elle réussit un premier saut « moyen. Pas mauvais, mais moyen et insuffisant » note son coach. « Il y avait du brouillard. J’ai espéré qu’ils allaient remettre le concours au lendemain ! Sur ce saut, j’ai été trop tendue, pas au point de trembler ou de subir la pression, mais avec l’envie de trop bien faire. J’en ai rajouté ». Elle se classe provisoirement 5e.


Photo : Stian Broch

« Mon coach m’a dit "tu vas remettre ta combinaison fétiche, reprendre les bases, ne pas te prendre la tête et ne pas avoir de regrets". Je suis remontée sur le tremplin l’esprit tranquille, j’avais envie de sourire, j’étais bien dans mon truc, là où j’avais envie d’être. Et j’ai sorti le saut qu’il fallait (97m). Sur le coup, j’ai été déçue de ne pas faire mieux que 3e, mais avec le recul, je m’aperçois que ce résultat couronne ma saison, que j’ai réussi à y aller sans être en grande forme, et qu’au final, c’est une victoire ! ».

L’essor du saut à skis féminin.


Photo : Manuguf/CC-By-SA

En ce mois de mars, Coline reprend son parcours scolaire en sport-études (elle est en 1ère), et va zapper les deux dernières épreuves de la Coupe continentale. Tout en continuant à s’entraîner et à honorer les échéances nationales. Elle est définitivement 2e du classement général de la Coupe continentale FIS derrière la championne du monde Daniela Iraschko. « Et nous allons tourner la page, avec la première Coupe du monde féminine l’an prochain. Je suis contente d’avoir vécu une saison assez exceptionnelle, d’être restée au top. Maintenant, les compteurs vont être remis à zéro ».


Photo : Stian Broch

Les perspectives de la discipline sont très alléchantes. « Disputer les Jeux Olympiques ! Un rêve. Celui que notre discipline y soit, celui d’y réaliser quelque chose », s’exclame Coline, née le 3 novembre 1995 et qui aura donc 18 ans en février 2014, au moment où se disputeront les Jeux de Sotchi. Comme le dit Jacques Gaillard, l'admission du saut féminin au programme olympique entraînerait « le déblocage de moyens financiers pour développer la discipline, de façon normale, en cessant de faire avec les moyens du bord ». La décision du CIO sera annoncée début avril.

Et puis, ajoute la jeune championne, « On peut envisager de participer bientôt à des compétitions par équipes mixtes, de disputer des épreuves sur les tremplins de 120m, et même de faire du vol à skis ! Je pense être arrivée dans la discipline au bon moment, je profite de toutes les évolutions, des objectifs qui prennent forme, tout en évoluant encore avec les pionnières qui ont tant bataillé pour sa reconnaissance ». L’avenir appartient à Coline !



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Jeux Olympiques de la XXXIe Olympiade
Rio de Janeiro (Brésil)
5-21 août 2016