Comité national olympique et sportif français

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Nathalie Benoit, remotivée par la Semaine Olympique

 

Membre du Cercle de l'Aviron de Marseille depuis 2008, Nathalie Benoit est championne du monde de skiff.
Cet automne, à Karapiro (Nouvelle-Zélande), la rameuse a en effet grimpé une marche supplémentaire sur le podium mondial après sa seconde place obtenue l’an passé à Poznan (Pologne).
Nathalie Benoit, atteinte de sclérose en plaque, est plus précisément championne du monde en handi-aviron bras et épaule. Elle se positionne cependant d’abord comme sportive de haut-niveau : « mon sport, c’est l’aviron. Ma catégorie, handisport, bras et épaule ».

Déprimée sans le sport

La sclérose en plaque est une maladie auto-immune. « Le système immunitaire détruit la gaine de myéline qui entoure le nerf », explique Nathalie, « ce qui fait que l’influx nerveux ne passe pas très bien. C’est assez fatiguant comme maladie, mais c’est bien géré ». Évolutive, la maladie connait des phases de poussées et de rémission. Malheureusement, avec le temps, les nouvelles poussées cicatrisent moins bien, et les altérations neurologiques finissent par ne plus régresser, constituant des lésions définitives.

Pour Nathalie, la sclérose en plaque a été diagnostiquée en 1998. « J’avais 17 ans. Après, j’ai connu une lente dégradation. Je suis passée en fauteuil roulant en 2005, parce que j’étais vraiment trop fatiguée pour marcher ».

Au moment où sa maladie a été détectée, Nathalie faisait du pentathlon moderne en pôle espoir à Aix-en-Provence et vouait une véritable passion au sport. « On m’avait dit d’arrêter, mais je déprimais sans le sport. J’ai quand même fait la fac de sport, parce que c’est vraiment mon truc. Et puis j’ai finalement repris par le basket en fauteuil roulant que j’ai découvert au Salon Autonomic de Marseille. Il y avait une démonstration de basket et je me suis dit, "pourquoi pas ?" ».

Mais le basket-ball n’apportait pas pleine satisfaction à Nathalie : « C’est sympa, mais c’est encore en fauteuil et je voulais en sortir ». C’est alors vers l’aviron que la Provençale se tourne : « L’aviron m’attirait depuis un moment. J’ai appelé les clubs autour de chez moi, il n’y avait pas de section handi. L’année suivante, j’ai rappelé, il y avait eu une ouverture et j’ai foncé. C’est de l’aviron adapté, ce n’est pas exactement comme les valides, mais c’est vrai que visuellement, nous sommes plus proches d’eux que dans d’autres sports ». De quoi apparaitre d’abord comme sportive, une petite victoire sur le handicap.

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La Semaine olympique : « j’en ressors différente »

Invitée pour la première fois à une Semaine du sport olympique français, Nathalie Benoit a rayonné tout au long du séjour, apportant sa bonne humeur à tous, athlètes comme organisateurs.

« Je pense que je prends tout bien », explique-t-elle. « Dès qu’il m’arrive quelque chose de négatif, c’est qu’il va arriver quelque chose de positif derrière. Et ça arrive à tous les coups ! Tant pis, j’ai une sclérose en plaque, tant mieux, j’ai pu participer à cette Semaine olympique, ce qui ne serait certainement jamais arrivé sinon. Et je le pense vraiment ! On appelle ça les bénéfices secondaires. J’ai un gros problème, mais à côté de ça, il faut voir le positif. J’ai vécu beaucoup de choses que je n’aurais pas pu vivre sans la maladie ».


Nathalie, aux côtés de Yann Rayepin et Malia Metella

Indéniablement, cette Semaine Olympique a bouleversé Nathalie : « J’attendais juste un partage d’expériences et j’en ressors différente. J’ai fait de belles rencontres, j’ai vraiment senti un esprit collectif. Il n’y avait aucune barrière entre les sports. Je ne sais même pas comment l’expliquer en fait. Cela m’a remotivé d’une manière exceptionnelle. »

« On a vécu plein de choses ensemble », continue-t-elle. « Tout le monde m’a vraiment aidé. C’était un peu ma crainte en arrivant. Tu es vite un boulet en fauteuil. Il faut penser à une voiture, à la neige qui bloque, à tout un tas d’impondérables. Mais tout a été pensé, anticipé. Et les athlètes ont également porté leur aide. Quand j’étais en difficulté, le premier qui passait se proposait spontanément. Tout s’est fait très naturellement et je pense que cela m’a aussi réconforté, parce que dans la vie de tous les jours, ça se présente, mais pas toujours. C’est un peu plus compliqué que cela. Là, je me suis sentie soutenue. J’ai vraiment eu le sentiment de faire partie d’une équipe. Je me sens grandie et différente. Je pense que j’ai changé ».

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Contre la solitude

Si Nathalie connait le fardeau de la maladie, elle supporte aussi celui de la solitude. Celle-ci s’exprime dans la vie professionnelle. Professeur des écoles, Nathalie travaille auprès du CNED depuis qu’elle est en fauteuil roulant. « Je n’ai plus de collègues, je travaille seule depuis chez moi. Je m’occupe de CE1, âgés de 7 ans en moyenne donc, mais je fais aussi beaucoup de scolarité adaptée pour des personnes parfois bien plus âgées mais qui ont ce niveau de scolarité… ».

Cette voie solitaire se retrouve également sur l’eau. « Quand je suis en bateau, je suis très souvent seule, mon entraîneur ne m’accompagnant que deux fois par semaines. Dans mon club, les entrainements sont plutôt le soir pour les adultes. Mais moi, le soir, je suis beaucoup plus fatiguée à cause de la maladie et les entraînements ne seraient pas productifs. Je m’entraîne donc le matin et il n’y a que les scolaires sur l’eau. Du coup, comme je m’entrainais seule dans mon club, j’ai installé une petite salle de musculation chez moi, ainsi qu’un ergomètre, les deux compléments au bateau. Je travaille donc également seule chez moi. Durant cette Semaine Olympique, j’ai découvert la vie à plusieurs, l’entrainement à plusieurs, et c’est génial. »

Une découverte qui l’amènera peut-être à modifier ses habitudes : « J’envisage de changer un petit peu mes méthodes d’entrainement pour revivre un peu ce que j’ai vécu ici. Et puis, je vais suivre des sports que je ne suivais pas jusqu’à présent. Notamment la lutte, parce que j’ai découvert quelqu’un de formidable en la personne d’Anna [Gomis]. J’ai pris beaucoup d’expérience. Il y a des petites choses que j’essayais de faire, mais que je faisais de travers apparemment, donc là, j’ai pu demander conseil à des spécialistes ».

Autre découverte : le ski. « J’en faisais beaucoup en valide, mais je n’avais jamais essayé en coque. Cela faisait des années que j’avais envie de skier avec, mais je ne pouvais pas. Ce n’est pas donné à tout le monde, à cause du prix notamment. C’était merveilleux ! Je vais essayer d’en refaire le plus vite possible. Je reste une matinée de plus pour y retourner. Je suis presqu’obligée d’en acheter une maintenant ! ».

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Objectif Londres !

Cette énergie accumulée à la Semaine Olympique, Nathalie compte bien la faire fructifier en vue de vivre l’expérience olympique. « Mon année 2011, je la vois longue, très longue. J’espère encore être médaillée, pouvoir qualifier la coque pour les Jeux. S’il n’y a pas de problème de santé, je la vois bien ».

Le doute est là cependant et pour Nathalie, qui a du mal à surmonter le stress, l’avenir reste incertain. « Je me demande toujours si je vais pouvoir aller aux Jeux, s’il ne va pas y avoir un petit problème de santé qui va m’en empêcher », avoue-t-elle. « Comme tout le monde c’est sûr, mais plus particulièrement en ce qui me concerne évidemment. Le sclérose se joue beaucoup dans la tête je pense. Quand on ne va pas bien, le corps réagit de suite. Là, je me sens bien reboostée et je pense que je vais au moins tenir jusqu’à Londres par l’envie. »

« Pour moi l’Olympisme, c’est presque autant le sportif que l’humain, le partage. Je fais du sport pour ça également. Ce qui me peine le plus, c’est que si je vais aux Jeux, les athlètes valides rencontrés ici ne seront pas là. En plus, l’aviron est à part et ça me peine un peu. J’espère qu’on pourra aller sur le Village olympique pour découvrir un peu. Et puis si je remporte une médaille olympique… je crois que là je guéris ! »

En attendant, Nathalie travaille dur. Lors du concours de bowling, elle a d’ailleurs fait montre de la puissance exceptionnelle de son bras droit. « Je ne fais travailler que les bras et les épaules. Je fais tous les jours des séances de musculation qui durent à peu près une heure et demie. Auparavant, je me reposais tous les 10 jours, mais je vais sans doute passer à moins afin de me ménager En fauteuil, ce sont les bras et les épaules qui sont tout le temps sollicités. Il faut donc faire attention, parce qu’une blessure au bras et on ne peut plus avancer dans son fauteuil. J’ai déjà connu cette situation, non pas par la blessure, mais par la maladie et se retrouver en fauteuil électrique c’est dur pour le moral. Je vais aussi essayer d’aller nager un peu pour changer un peu. Les valides peuvent faire du vélo, aller courir. Pour nous, c’est très répétitif ».

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Pour une meilleure visibilité du handisport

« Les Jeux Paralympiques on ne les voit jamais », constate Nathalie. « On a l’impression qu’on essaye de nous cacher. Quand le bilan des championnats du monde d’aviron a été fait dans les médias, on a parlé de 4 médailles, sans faire mention des deux autres ramenées par les handis. Par contre, pour faire les bilans de la compétition au niveau des instances sportives nationales, là on évoque 6 médailles. On aimerait bien être reconnus en tant que sportifs. Je n’ai pas d’aménagement du temps de travail, je m’investis dans ma discipline comme un valide ».

L’aviron est pourtant à part en la matière : « A part les Jeux, on fait toutes les compétitions avec les valides. C’est toujours très enrichissant ». Son rêve, comme celui de tous les handisport : « que les JO et les Jeux Paralympiques se déroulent en même temps ».

Néanmoins, Nathalie reconnaît « qu’il commence à y avoir de l’évolution. Les personnes sont de moins en moins fermées au handisport. Il y a du travail de fait, sur l’adaptation des clubs, etc. On nous dit qu’il n’y a pas assez de concurrence chez les handis, mais tant qu’on ne nous montre pas des images d’handisport, les gens ignorent que c’est possible. Qu’au moins, on informe sur la possibilité de pratiquer. Les gens ne font pas forcément la démarche. Quand tu as un accident et que tu deviens paraplégique, tu ne penses pas forcément à aller te renseigner sur les pratiques sportives qui te sont ouvertes ».

Pour conclure, la rameuse s’interroge d’abord sur la prise en compte des handicapés dans la société: « faut-il qu’il y ait une guerre pour que le nombre d'handicapés croisse et que des mesures soient prises pour rendre accessibles les lieux du quotidien ? ».

Nathalie fait par ailleurs un constat : « si vous prenez quelqu’un dans la rue et que vous lui demandez de citer un athlète handisport, 95% des interrogés ne pourraient pas répondre ». Et force est de constater qu’elle a raison.

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Jeux Olympiques de la XXXIe Olympiade
Rio de Janeiro (Brésil)
5-21 août 2016