Judo : le retour des héros

Mercredi 15 septembre, quelques heures après leur arrivée à Roissy en provenance de Tokyo, les judokas de l’équipe de France ont été fêtés par un joyeux public, à l’occasion d’une séance de dédicaces organisée par adidas dans son magasin des Champs-Elysées. Descente d’un bus noir orné d’une grand photo des six médaillés, haie d’honneur enthousiaste, jusqu’à l’entrée de l’adidas Store avant de se prêter durant plus d’une heure au jeu des signatures d’autographes aux grands et aux petits, tout sourire, dans une atmosphère conviviale.

Thierry Fabre, Loïc Korval, Teddy Riner, Lucie Décosse, Mathieu Bataille : les six médaillés de Tokyo se prètent au jeu des autographes
« Voir tout ce monde qui s’est déplacé pour nous, c’est génial. Et puis tous ces jeunes, qui doivent pourtant aller à l’école et qui sont là ! [Teddy sans doute troublé par le décalage horaire, oublie que nous sommes un mercredi]. Ca fait très plaisir, ces tout petits qui suivent déjà le sport ! Cela nous apporte beaucoup de réconfort. Nous sommes heureux car nous avons été suivis. Nous sommes remerciés par leur présence à tous ! », se réjouit Teddy Riner.
Mais il est temps de revenir sur les exploits des deux médaillés d’or de ces Mondiaux, Teddy Riner (lourds) et Lucie Décosse (-70kg). On se souvient que Teddy était en colère après sa défaite aux drapeaux en finale des toutes catégories. Il estimait injuste la décision des juges d’avoir désigné le Japonais Daiki Kamikawa vainqueur après un combat très serré ou le tableau de marque était resté vierge.

Un des nombreux Ippon infligés par Teddy à ses adversaires (ici, le Coréen Kim) lors de son parcours victorieux en lourds
« La déception, c’était sur le moment, car c’est dur à avaler. Maintenant, avec le recul, je me dis que c’est positif, deux médailles en une semaine. Je pense que je m’en sors bien, je n’ai pas à avoir honte du résultat. Je peux être fier de moi. Ma victoire en lourds, cela a été une très belle journée. Ce que j’en retiens, c’est que j’ai gagné beaucoup de combats par ippon, progressant sur ce point par rapport à mes années précédentes. C’est cela qu’il faut retenir pour aller de l’avant. Maintenant, je passe à autre chose. Londres, et avant ça, les Mondiaux 2011 à Paris ! Pour l’instant, je pars en vacances aux Antilles. Je ne veux pas rester à Paris, car ce serait impossible pour moi d’ « évacuer ». Mais dès que je remets le kimono, je prépare les prochaines échéances ! », assure Teddy.

Le drapeau blanc désigne le vainqueur en toutes catégories : Daiki Kamikawa
Concernant l’issue du combat en toutes catégories, René Rambier, directeur du haut niveau, note : «C’était une belle finale, avec un jeune combattant japonais de top niveau. C’est désolant pour Teddy, mais je crois que ce sera une source de motivation, et que c’est un mal pour un bien. Il ne faut pas toujours tout gagner ! Il faut qu’il soit présent à Paris l’an prochain, en individuel et par équipes… et bien sûr à Londres ».
Lucie Décosse : « j’ai bien géré »
5 ans après un premier titre mondial en -63kg, Lucie Décosse s’est imposée dans la catégorie supérieure. Comment compare-t-elle ces deux médailles d’or ? « Ce n’est pas la même saveur qu’en 2005. Cette année là, j’attendais un grand titre et j’étais très contente de l’avoir gagné. Aujourd’hui, j’ai changé de catégorie. C’était donc un défi d’y réussir. C’est désormais ma catégorie, je suis donc ravie de m’être imposée, d’autant que c’est un 2e titre, et que c’est rare dans le judo ».

Revenant sur sa journée dorée, Lucie raconte : «Le premier combat contre la Chinoise Meiling Zhang a sans doute été le plus difficile. C’était une concurrente qui descendait des -78kg, assez costaude, je ne l’avais jamais combattue j’étais donc inquiète. Ensuite, tout s’est bien passé. Je connaissais toutes mes adversaires, j’ai bien géré la Japonaise Kunihara, et en finale contre Meszaros, il n’y a pas eu de problème. Quand je l’ai immobilisée au sol, j’ai levé la tête pour voir si l’arbitre avait bien vu qu’elle avait tapé pour abandonner. J’ai explosé de joie. J’étais partie pour gagner le titre, ça n’a pas été une surprise et je m’étais préparée pour cela. J’avais déjà battu toutes mes adversaires, à part la Japonaise. Je savais que j’étais capable de remporter le titre, par rapport aux filles de ma catégorie, comme par rapport à mon niveau du moment. Cela dit, le judo n’est pas une science exacte, donc j’aurais aussi bien pu perdre. En tout cas j’étais confiante et, franchement, j’ai bien géré ».

De retour au sommet mondial après les Jeux de Pékin et sa défaite en finale face à la Japonaise Tanimoto, Lucie Décosse avoue cependant : «Cette victoire n’efface pas ma défaite à Pékin. Rien ne pourra jamais me faire oublier cette déception. Mais j’ai tourné la page et l’objectif maintenant, ce sont les Jeux de Londres en -70kg... et bien sûr les championnats du monde 2011 à Paris. Cela va être exceptionnel, et j’espère que j’y brillerai comme à Tokyo. Maintenant, repos, puis reprise de l’entraînement en octobre avant de faire un petit passage en Guyane, comme tous les ans... ».
René Rambier : « un bilan satisfaisant »
Après l’athlétisme et la natation, c’est le judo qui est fêté sur les Champs Elysées. «Le sport français va bien ! Entre l’athlétisme, la natation et le judo, une petite compétition est en train de s’installer ! On a essayé de nous mettre en concurrence mais le sport français est un tout. Nous essayons tous de donner le meilleur de nous-mêmes » s’amuse Teddy Riner.

René Rambier
Pour conclure, René Rambier se retourne sur ces championnats du monde 2010 : « C’est un bilan satisfaisant. Nous sommes la 2e nation mondiale, mais trop loin des Japonais. Nous avons donc un an devant nous, d’ici aux championnats du monde de Paris, pour rectifier le tir, pour que les garçons se comportent aussi bien qu’à Tokyo, mais en revanche, avec une équipe féminine un peu plus performante.
Nos équipes de France ne sont peut-être pas assez étoffées, et nous devons effectuer un travail au niveau des partenaires d’entraînement, qui demain seront des titulaires en ayant adopté une démarche de haut niveau. Il est clair que nous devons travailler sur la densité dans chaque catégorie. C’est pour cela que le mode de sélection n’est pas toujours compris, car il est dur. Il faut que les athlètes gagnent leur place en réalisant de grandes performances ».





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