Les 24h dorées d'Arnaud Hybois

Cela s’appelle enchaîner ! En 24h, les 21 et 22 août à Poznan (Pologne), Arnaud Hybois et Sébastien Jouve ont marqué l’histoire du canoë-kayak en ligne français en remportant deux médailles d’or mondiales. La première, historique, dans le K4 1000m avec Etienne Hubert et Philippe Colin, la seconde en K2 200m (nouvelle distance olympique) en ayant attaqué les séries éliminatoires suivies des demi-finales quelques instants après avoir triomphé en finale du quatre ! Au cœur de l’action, Arnaud Hybois raconte ces deux journées dorées.

« Avant ces Mondiaux, nous n’avions pas beaucoup de certitudes en K4, alors que dans le kayak biplace, nous nous sommes vite trouvés avec Sébastien » , Explique Arnaud. On le sait, rien n’est jamais acquis, d’une année sur l’autre en canoë-kayak. Les épreuves de sélections internes en début de saison, déterminent une hiérarchie individuelle, et les meilleurs sont associés dans les différentes embarcations. Les équipes sont donc remises en question à chaque fois et doivent apprendre à fonctionner ensemble.
Lors des championnats d’Europe disputés à Trasona (Espagne) début juillet, étape sur la route des Mondiaux, Hybois, Jouve, Hubert et Colin se classent 5e en K4, tandis que le K2 termine à la 7e place. « Nous n’étions pas au top avec « Seb », plutôt en période de préparation. En K4, où le travail était plus laborieux, cette 5e place nous avait démontré que la sauce prenait petit à petit, mais sans aucune certitude ».
Une stratégie offensive
Durant l’été, le groupe bleu est en stage et décide d’adopter une stratégie offensive aux championnats du monde. « Partir vite, tenir ensuite une moyenne régulière, garder la cadence jusqu’au bout » détaille Arnaud.

Sur le lac Malta à Poznan le quatuor Bleu parvient sans problème en finale. « Un 1000m, c’est toujours très serré ! En finale, nous sommes rapidement devant avec une bonne marge, et nous nous demandons si nous ne sommes pas partis un peu vite. Mais tout se passe bien, personne ne faiblit. Nous gagnons avec un bateau d’écart ! C’est assez exceptionnel. » C'est aussi la première fois qu'un K4 tricolore s'impose aux championnats du monde.
Quel a été le « petit truc en plus » de l’équipe de France dans cette course archi-dominée, remportée avec plus d’une seconde ½ d’avance sur l’embarcation bélarusse ? « Ah ! Si nous le savions, nous le referions à chaque fois ! Non, je crois que simplement, nous nous en sommes tenu à notre projet de course et nous n’avons pas calculé. Nous sommes allés au bout de notre démarche ».
Trois heures de répit…

La finale du K4 s’est déroulée à 11h le samedi 21 août. A peine remis de leurs émotions, Arnaud Hybois et Sébastien Jouve sont 3h plus tard à l’eau dans le kayak biplace pour les séries éliminatoires. « Avec Seb, nous savions que le plus dur serait pour nous de changer aussi vite d’embarcation. Ce n’était pas évident d’y aller en ayant remporté une médaille d’or. Mais nous avons fait le travail pour nous qualifier pour la finale du lendemain. Techniquement, le 4 et le 2 sont proches. Et depuis le début de la saison, nous nous préparions pour enchaîner les deux distances. A ce point, nous nous sommes dit « si nous pouvons en gagner une deuxième, nous n’allons pas nous priver !».

Après une bonne nuit de récupération le K2 français s’aligne au départ de la finale en position idéale, calé entre les bateaux britannique et espagnol, les principaux favoris. « De telle sorte que nous étions au cœur de la bataille, ce qui nous a permis de recueillir les informations en direct ». Les Français vont-ils se retrouver sous pression, ou seront-ils capables de tout lâcher ? « Notre départ est correct, mais nous ne sommes pas devant. La clé, c’est que nous restons dans notre projet. Nous savons que notre point fort est le finish. Nous gardons l’amplitude, nous ne nous crispons pas, conscients que nous pouvons passer sur la ligne ». C’est ce qui se produit.
Le bateau français l’emporte avec 8/1000e de secondes d’avance sur l’embarcation espagnole après 31 secondes de course. « Nous étions venus ici pour chercher des médailles, nous repartons avec deux or sur deux distances olympiques. Cela plante bien le décor pour Londres 2012 ! C’est certes dans deux ans, mais il vaut mieux commencer de cette manière. »
De belles perspectives
« Pour l’équipe de France, les choses évoluent » conclut le patron de la course en ligne, Christophe Roufffet, « Nous étions des outsiders et nous enfilons un nouveau costume, celui de « defender ». Surtout avec la victoire de notre « 4 », qui est au canoë ce que le « huit » est à l’aviron, l’embarcation qui marque la puissance d’une nation. Cela nous ouvre de belles perspectives pour la chasse aux quotas olympiques. Nous allons maintenant nous attacher à gérer les retombées de ces victoires, à consolider le tout… et à enchaîner ! ».




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