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Philippe Le Van, médecin référent de l'Equipe de France Olympique

 

Toujours disponible, Philippe Le Van, dit Lifou, est l’un des médecins préférés des sportifs de haut niveau français, mais aussi de ses dirigeants. Son humour, sa gentillesse et son savoir-faire, sont appréciés de tous. En poste à l’Insep et, parallèlement, chargé de mission haut-niveau de la commission médicale du CNOSF, le Doc accompagne l’équipe de France olympique depuis les Jeux de Barcelone en 1992. Il relève à son compteur cinq JO d’été, autant de FOJE d’hiver, tous les FOJE d’été sauf les derniers (tenus à Tampere), une édition des JO d’hiver (2010) et une des Jeux Mondiaux (2009)... un palmarès impressionnant. Entretien…

Que pensez-vous de l’évolution de vôtre rôle au sein des événements multisports du Mouvement olympique ?

L’organisation de ces événements s’est professionnalisée. Sur les premiers Festivals Olympiques de la Jeunesse Européenne par exemple, les organisateurs ne savaient pas où mettre les haies sur une piste d’athlétisme !... L’environnement médical a évolué en conséquence, avec notamment un encadrement plus important de la part du pays hôte, sur les JO plus particulièrement.

Aujourd’hui, le niveau de couverture médical est performant, quelque soit la manifestation. Mais il ne s’agit pas non plus de tomber dans la démesure. A Vancouver, on trouvait un échographiste sur chaque site ! C’est sympathique pour les athlètes, mais il ne faut pas oublier qu’il y a une vie à côté et que c’est important. Il y a des gens qui attendent des mois pour des obtenir des rendez-vous parfois cruciaux.

Pour ma part, mon rôle a également évolué. Au début, j’étais cantonné au médical. Au fil des événements, et notamment dans le cadre de certains d’entre eux pour lesquels les délégations françaises bénéficiaient d’un faible encadrement, j’ai été obligé de m’impliquer différemment, de faire autre chose que du médical. Même si cette fonction est évidemment ma priorité et ce pour quoi je reste toujours disponible, j’ai pris une place différente, plus proche des chefs de missions et du terrain : participation à la mise en place des staffs, photographies, partage d’expériences, voire conducteur… Il y aussi eu le FOJE à Paris où j’étais coordonnateur du médical sur l’événement tout en étant sur la délégation française, sans d’ailleurs qu’il n’y ait la moindre différence de traitement entre celle-ci et les délégations étrangères.

Pour ce qui concerne mes interventions, il faut constater que les pathologies qui amènent les athlètes à nous consulter sont sensiblement identiques sur chaque événement. Par contre, le niveau des sportifs a évolué et les blessures sont très occasionnelles, même si elles peuvent être sérieuses (lésion des ligaments croisés…).

Comment percevez-vous l’organisation médicale de ces premiers JOJ ?

J’y retrouve le même sérieux, les même papiers, les mêmes contacts avec le pays hôte et en particulier les douanes (l’introduction de produits pharmaceutiques est toujours sensible) que pour les Jeux Olympiques.

Nous avons également la même approche avec les athlètes. Ce sont des champions, même en devenir, et nous développons une approche de haut niveau. Notre rôle est cependant plus éducatif. Chez les plus jeunes, certaines thématiques liées au régime alimentaire, à l’entraînement, au sommeil et à la gestion de la fatigue doivent être bien expliquées afin qu’ils les intègrent. On leur parle notamment de l’hydratation ou de la protection du soleil, chose que l’on fait moins avec les seniors. Les contrôles antidopages nombreux ont été également l’occasion d’expliquer la procédure à des sportifs dont c’était souvent le premier.

Pour ce qui est des interventions, je n’ai pas les chiffres exacts, mais les kinés en comptent près de 1000 ici, à Singapour. Or, en moyenne, le total des consultations médicales équivaut à environ 10% du total des actes kinés. On peut évaluer à envrion 130 le nombre d’interventions médicales durant ces JOJ

Par ailleurs, d’un événement à l’autre, les pathologies restent stables. Les plus courantes sont les pathologies ORL, puis les soucis digestifs et enfin la traumatologie. Ici cependant, il faut noter que nous n’avons pas rencontré de vrais problèmes digestifs, c’est un peu différent. Par rapport aux FOJE, qui concernent le même public, ce qui change ici, c’est la durée. Les FOJE ne durent que 5 jours, les éléments liés au sommeil, à la fatigue physique notamment sont donc plus sensibles.

Quelles sont les perspectives de travail de la commission médicale du CNOSF ?
Avec Alain Calmat, président de la commission, nous souhaitons prendre contact directement avec les Fédérations afin d’anticiper, d’évaluer leurs besoins, d’expliquer ce que l’on fait. Ainsi, juste avant de partir aux JOJ, nous sommes partis, partis visiter la FF de Ski à Annecy. Nous visiterons les Fédérations Olympiques dans un premier temps mais nous comptons faire un tour global des fédérations.

Quel est votre meilleur souvenir sur un événement sportif ?

Il y en a beaucoup… l’un des plus forts date sans doute de 1998. Moscou organisait alors un événement qui préfigurait les Jeux Olympiques de la Jeunesse. La manifestation portait d’ailleurs ce nom et bénéficiait de l’égide du CIO, qui n’en était toutefois pas à l’origine, ni à la maîtrise.
Or, au même moment, se tenait la finale de la Coupe du monde de football 1998. Sûrs de la victoire du Brésil, les Russes avaient placé les Brésiliens dans un grand amphithéâtre avec écran géant. Les Français avaient droit à deux TV dans un couloir. Au fur et à mesure du match, des sportifs d’autres délégations nous ont rejoints et nous avons fini serrés comme dans un métro à l’heure de pointe devant ces deux postes. Je n’ai même pas vu le dernier but de Petit. Quand nous sommes sortis, vainqueurs, toutes les délégations nous attendaient aux fenêtres et nous avons eu droit à une véritable scène de films, avec vivas, drapeaux et chants.

Et quelles ont été vos pires angoisses, votre plus mauvais souvenir ?

Dans certains pays où l’organisation est un peu plus folklorique au niveau médical, il n’y a pas beaucoup de soutien extérieur et cela peut amener des situations difficiles. La première angoisse apparait donc en amont et est d’abord liée au fait d’avoir bien anticipé ses besoins.
Mais les pires soucis sont liés aux mineurs. Notre vraie crainte sur ce type d’événement est qu’il arrive quelque chose à un jeune, qu’il fasse des bêtises en cachette, qu’il ait un accident ou qu’une belle rencontre finisse de manière inattendue.
Ce n’est pas toujours bien reçu, mais j’ai aussi appris à des demoiselles qu’elles étaient enceintes. Au final, cependant, on garde toujours les bons souvenirs.
Au niveau du pire, c’est surtout la déception des athlètes après un échec, la détresse des gens. Quand un grand champion, espoir de médaille, se fait sécher sur un premier tour face à un concurrent inattendu, quand une blessure met fin en pleine course au rêve olympique, quand une décision arbitrale amène un sentiment d’injustice qui vient renforcer la déception... ces moments sont toujours délicats et difficiles à gérer. Il m’est aussi arrivé de passer une nuit entière à discuter avec un athlète en plein doute, totalement désorienté et dans le désarroi le plus complet.

Pourquoi et comment êtes-vous devenu médecin dans le sport ?

C’est d’abord un métier de passion. J’ai couru une vingtaine de marathon, j’ai pratiqué beaucoup de sport, mais jamais à haut niveau. Comme je dis souvent, j’étais bon à rien, bon à tout. Mon entrée dans le milieu du sport date des années 1980. J’avais des amis qui travaillaient à l’Insep, et qui m’ont quelque peu aidé pour entrer comme médecin au Bataillon de Joinville. C’était en 1987. J’ai par la suite eu des contacts avec la Fédération Française d’haltérophilie. Elle était en pleine rénovation et cherchait notamment jeune médecin pour l’encadrer. J’ai été celui-là. Par la suite, j’ai fait une vacation à l’Insep, puis deux, trois… on m’a proposé un mi-temps, qui est devenu un plein temps et la suite vous la connaissez.
Cette passion pour le sport, les sportifs et les grands événements prend toute sa dimension dans les contacts avec les premiers acteurs que sont les athlètes et, plus encore sans doute, les coachs. Et puis, je crois que j’ai toujours préféré être acteur que spectateur… j’ai un peu l’impression de vivre l’histoire à ma manière.





 

 

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