Patrick Schamasch, homme médecine du CIO

Médecin, Français, directeur médical et scientifique du CIO depuis 1993. Patrick Schamasch a rejoint le Mouvement olympique en 1982 à l’occasion de la candidature d’Albertville. En 1986, il devient directeur médical des Jeux Olympiques d’Albertville après la désignation de la cité savoyarde comme ville organisatrice des JO d’hiver 1992. De père britannique, donc parfaitement bilingue, sa connaissance linguistique a indéniablement constitué un atout pour conforter ses compétences médicales et trouver sa place au sein du CIO. « Dans ma génération, le gros problème c’est que l’on a très peu de position dans le milieu international sportif du fait de notre manque de communication », explique-t-il. « Ça commence à changer, les générations nouvelles parlent de plus en plus anglais. Mais il y a aujourd’hui de la reconquête à faire. Il n’y a que trois français président de Fédérations internationales. Il faut faire quelque chose ».
Une organisation médicale légère, mais à la pointe
Quid cependant des JOJ et du système médical mis en place par le CIO et la ville de Singapour ? « Au niveau des Jeux Olympiques de la Jeunesse, en termes d’organisation médicale pure, nous avons la chance d’être dans un pays comme Singapour. La qualité des soins et des équipements y est exceptionnelle avec, à l’appui, une organisation très anglo-saxonne. Sur les sites de compétition, l’organisation médicale est, compte-tenu du temps dont nous avons disposé (deux ans), très satisfaisante ».
Afin d’éviter de retomber dans le gigantisme des Jeux Olympiques, le CIO a souhaité que ces JOJ soient dotés d’une structure médicale la moins lourde possible. Concernant le personnel, les accréditations et les équipements, il s’agit en effet, tant que faire se peut, l’alléger la superstructure médicale. « Quand on analyse les fonctions du médical, il y en a qui sont moins compressives que d’autres » analyse Patrick Schamasch. « De fait, la plupart des pathologies, une urgence traumatologique par exemple, sont traitées pareillement que l’on ait 17 ou 25 ans. On a optimisé au maximum les infrastructures et services au niveau du Village olympique. On essayé de limiter les accréditations, mais une telle réduction passe par une augmentation des services offerts par le comité d’organisation ».

Blessé lors du match contre la Corée, le handballeur français Timothé N'Guessan fera malheureusement partie de ceux qui éprouveront le dispositif médical mis en place à Singapour
A Singapour, la barre a cependant été mise assez haute. Ces JOJ sont en effet le premier événement sportif multisports international organisé parla Cité-Etat. Il relevait donc d’un enjeu national d’offrir au monde un accueil digne de son rang de dragon asiatique, vers l’excellence la plus exemplaire. Les prochains organisateurs de JOJ vont devoir relever ce défi, ou adapter leurs propositions pour ne pas paraître diminuer la qualité des services offerts.
Le contrôle anti-dopage, une nouveauté pour la plupart des jeunes Olympiens
Le contrôle du dopage et la lutte contre ce fléau du sport constitue une autre préoccupation de taille pour le Mouvement olympique et, particulièrement, pour sa mise en œuvre, de Patrick Schamasch. Espace idéal de communication envers les futurs participants des Jeux Olympiques, les JOJ ont été investis d’une mission envers les jeunes athlètes : « On a voulu un contrôle le plus efficient et le plus éducatif. On a demandé aux escortes d’expliquer au x sportifs contrôlés les différentes étapes, de faire œuvre de pédagogie. »
Presque 1200 tests. 1083 urinaires, 100 sangs ont été réalisés. Pour la plupart de ces jeunes Olympiens, les contrôles anti-dopage sont une nouveauté. Peu habitués, et quelque fois confrontés à une organisation inadaptée du Village olympique, en cas de rentrée tardive notamment, les athlètes ont parfois pu s’estimer pénalisés pour la suite des compétitions. Patrick Schamasch et ses services ont pris conscience de ces difficultés : « On a demandé que désormais, aucun athlète ne puisse rester plus de deux heures à un contrôle anti-dopage ». Dun point de vue plus technique, Patrick Schamasch relève quelques problèmes dans la détection du dopage, avec les densités spécifiques : « les athlètes s’hydratent pas mal, donc les urines relativement claires ».
Le CIO est par ailleurs confronté à d’autres problématiques. Parmi celles-ci, la vérification de l’âge des athlètes. D’après Patrick Schamasch, il n’y a pas eu à ce jour de problème de suspicion d’âge. Les fraudes en la matière ne sont pas simples à établir et le CIO travaille actuellement à trouver des solutions à ce problème.
Le ramadan est également un sujet de préoccupation : « On est en plein ramadan. Avant le début des compétitions, nous avons questionné un imam sur la possibilité pour les athlètes musulmans de ne pas jeuner sans aller en devers de leur foi. Nous avons été rassurés sur ce point : pendant un voyage (d’une distance minimale de 80 km), il est en effet possible aux pratiquants de ne pas effectuer le jeun. L’interprétation du Coran le permet, mais il faut tout de même noter que près de 60% des athlètes musulmans présents le respectent tout de même ».
Pour Patrick Schamasch, qui reçoit en direct durant l’entretien des sms l’informant de toute hospitalisation ou fait médical grave, le pari, fait par Jacques Rogge, de ces JOJ semble gagné. « Il y a une très bonne ambiance, les jeunes sont heureux, les activités culturelles marchent bien. Les entretiens avec les champions également. Les contacts sont bons, nous sommes ravis ».


