Lavillenie et Lemaître, trajectoires croisées

L’un plane sur la perche mondiale, restant invaincu sur tous les sautoirs en cette saison 2010. L’autre est la nouvelle sensation du sprint, auteur de deux records de France lors des championnats nationaux à Valence, 9.98 sur 100m, 20.16 sur 200m. Renaud Lavillenie et Christophe Lemaître compteront parmi les principales têtes d’affiche des championnats d’Europe de Barcelone, qui se dérouleront du 26 juillet au 1er août. Leurs trajectoires se sont croisées le 16 juillet au Stade de France lors du meeting Areva de la Ligue de Diamant. Paroles de champions…

Une semaine après ses exploits de Valence et dans la foulée de multiples sollicitations médiatiques dues à son nouveau rang, Christophe Lemaître s’est retrouvé placé entre les Jamaiquains Usain Bolt et Asafa Powell dans les starting blocks, pour son premier 100m au plus haut niveau international. Les deux fusées ont décollé (9.84 pour le champion olympique et du monde, 9.91 pour son compatriote et rival) sous les yeux du Français, qui s’est classé 5e en 10.09. « J’ai manqué de jus » a-t-il déclaré à chaud, « J’ai eu une semaine très mouvementée, je n’ai pas pu préparer correctement cet évènement. Je voulais profiter du haut niveau mondial pour voir comment j’allais me comporter et réagir. Dans l’ensemble, je ne suis pas mécontent. J’ai eu de bonnes sensations, mais je suis un peu déçu par mon chrono. Le principal n’était pas là, il était d’engranger de l’expérience, et elle me servira pour Barcelone ! ».

Renaud Lavillenie, pour sa part, est tout seul au sommet. Au Stade de France, il a remporté sa 4e victoire consécutive dans la Ligue de Diamant, la compétition de l’IAAF qui regroupe les plus grands meetings internationaux, en franchissant 5,91m alors que sa victoire était acquise dès 5,76m. Et comme il le constate, « Ici, j’ai fait un super travail, en passant toutes les barres au premier essai : 5m60, 70, 76… il fallait sortir au moins 5,86m pour me battre, et actuellement, je suis le seul en Europe à sauter plus de 5,80m. Pour Barcelone, je suis donc vraiment bien, confiant. J’ai surtout été capable de passer 5,81m dans des conditions difficiles (vent) que je pense retrouver à Barcelone. C’est super de rester invaincu avant un grand championnat, c’est la meilleure préparation possible ».
Plus vite, plus haut ?

Au Stade de France, Renaud Lavillenie a tenté de passer 6,07m, histoire de devenir le 2e meilleur performer mondial de l’histoire derrière Serguei Bubka, et aussi, de prolonger sa belle communion avec le public enthousiaste qui était massé dans la tribune opposée. « C’est mon entraîneur Damien Inocencio qui m’a proposé de casser la routine (de 5,91m, la barre aurait dû passer à 6,02m) en tentant cette hauteur. Comme je suis un homme de défi, et que j’ai cette barre en tête, j’ai décidé de le relever. Ca n’est pas passé si loin que ça ! Il m’a juste manqué un peu de fraîcheur. Si le concours avait été plus rapide, puisqu’ici, nous avons commencé à sauter vers 19h30 et j’ai passé ma dernière barre à 21h40, ça aurait peut-être pu le faire. En tout cas, je ne sens pas que c’est un sommet insurmontable, je pense que c’est accessible ».
Renaud Lavillenie sait qu’à son niveau actuel (il est aussi le meilleur performer mondial de l’année avec 5,94m réalisés lors des « France » à Valence), la médaille d’or européenne lui tend les bras. « Mon seul adversaire, en fait, ce sera moi. Il faudra que j’arrive à gérer toute cette pression, tout ce qui va se mettre en route. La meilleure recette est de faire ce que je sais faire actuellement. Je suis dans la maîtrise de mon saut depuis 1 mois ½, je n’ai plus qu’à rester sur cette dynamique !». Où peut-elle le mener ? « À rester invaincu cette saison, c’est un beau défi !».

Christophe Lemaître, lui, a pu mesurer ce qui le séparait encore du très haut niveau planétaire. Dans la semaine qui a suivi ses exploits lors des championnats de France, le jeune athlète haut-savoyard a dû répondre à de multiples sollicitations médiatiques. Cela lui a offert l’occasion de réfuter la notion de « premier sprinter blanc sous les 10 secondes » : « L’entraînement, la volonté, ça n’a rien à voir avec la couleur de peau. C’est un sujet inutile. Plus je me suis approché des 10 secondes, plus on m’en a parlé. Mais ce qui comptait, c’était franchir cette barrière. Ce n’est pas une question de couleur ! ».
L’élève de Pierre Carraz, qui le verrait bien à moyen terme capable de courir en 9.92, avait prévu que ce départ au couloir 5 devant la foule du Stade de France, Usain Bolt à sa gauche, Asafa Powell de l’autre côté, serait une précieuse expérience pour la suite. C'est-à-dire son défi sur 100m, 4x100m et peut-être 200m à Barcelone. « 9.92 ? C’est vrai que c’est possible. Je suis encore jeune et perfectible. J’ai beaucoup de détails à peaufiner, il est clair qu’il y a des centièmes à gratter un peu partout ».

Christophe sait ce qui lui reste à faire. « Lors du 100m du meeting Areva, je suis bien parti, et après, j’ai fait quelques erreurs techniques. Je dispose maintenant des deux semaines tranquilles où je vais pouvoir m’entraîner et travailler sur les réglages. Les championnats d’Europe peuvent être propices pour un exploit, mais ce qui comptera avant tout, c’est la médaille, plus que le chrono ». Avoir couru au contact des deux meilleurs sprinters du monde est pour lui une expérience inestimable dans la perspective de son défi européen.
Rendez-vous sur la colline de Montjuic, où est situé l’imposant stade olympique de Barcelone, théatre de bien des exploits, pour suivre Renaud Lavillenie et Christophe Lemaître dans leur quête d’or…
A suivre sur le site officiel de la Fédération Française d'athlétisme




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