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Romain Girouille, 18 ans après Sébastien Flute

 

Romain Girouille est le nouveau champion d’Europe de tir à l’arc. A 22 ans, il succède au palmarès à Sébastien Flute, qui avait remporté le titre continental en 1992 sur la route de son triomphe aux Jeux Olympiques de Barcelone. Sur le terrain de Rovereto (Italie), les 28 et 29 mai, Le jeune pensionnaire de l’Insep a mené un superbe parcours, éliminant notamment le champion olympique en titre, l’Ukrainien Viktor Ruban en quarts de finale, et terminant sur un 10 en finale face au champion d’Europe 2002 et du monde 2003 Michele Fangili.

« Je suis arrivé à Rovereto avec l’envie d’effacer ma défaite à Porec » explique Romain : trois semaines plus tôt, il avait en effet raté son entrée en Coupe du Monde, en Croatie, sortant de l’épreuve dès le 2e tour. « Ca n’avait pas marché pour moi. Nous avons réfléchi avec l’entraîneur Marc Dallenbach. Nous avons décidé de remettre les compteurs à zéro. Cela a débouché sur deux semaines de travail intensif, physique et technique, à courir tous les jours pour arriver en forme en Italie. Nous avons fait une évaluation juste avant de partir. Les sensations étaient bonnes, et la confiance revenait… »

Par une météo capricieuse (vent et pluie), Romain démarre son Euro par des qualifications réussies qui le mettent en bonne condition pour attaquer les duels éliminatoires. Il bat ses deux compatriotes, Jean-Charles Valladont en 1/16èmes de finale, et Franck Fisseux en 1/8èmes. « Pas facile de tirer contre les copains ! ». Sur son élan, il affronte le médaillé d’or de Pékin 2008, Viktor Ruban pour un match au couteau qui s’achève sur une seule flèche en barrage : 9 pour le Français, 8 pour l’Ukrainien. « Après cette montée d’adrénaline, j’affronte un autre ukrainien, Marykan Ivashko et je survole le match, 6-O ». Romain Girouille est en finale des championnats d’Europe.

« Je ne me prends pas la tête, je reste tranquille, sans penser à la suite. Le lendemain matin, je réalise un entraînement correct à côté de mon adversaire, Michele Fangili qui aligne les 10 ! Marc, mon entraîneur, m’assure que si je tire correctement, tout se passera bien et qu’au pire, je repartirai avec une médaille d’argent ».

Cette finale 2010 est très disputée. Par deux fois, Fangili se détache, par deux fois, Girouille revient. Tout se joue à 4-4 sur une dernière volée où c’est finalement le trentenaire italien qui craque. « Un dix sur la dernière flèche ! Je me suis dit que les derniers quinze jours avaient été très durs, mais que cela avait payé. Ce premier grand titre fait du bien, après toutes ces années de travail. J’ai également pensé aux Mondiaux 2011, où il faudra mettre le paquet puisque c’est là que nous jouerons les quotas de participation aux Jeux Olympiques de Londres ».


Avec Sébastien Flute...

Les J.O., objectif suprême ? « Pour nous, qui pratiquons un sport peu médiatisé, il y a une énorme différence. D’un seul coup, nous sommes sous les projecteurs. Tout le monde regarde les Jeux ! Les médias, la TV, nous n’y sommes pas habitués. Il faut gérer cette nouvelle donne. A Pékin, j’étais déjà dans le top 10 mondial et je me disais que j’avais une place à tenir. J’avais pris le problème à l’envers. Maintenant, je sais que si on travaille, ça paye. J’ai disputé les Jeux à 20 ans. Là, ce sera différent, j’aurai l’âge de la maturité pour un archer. Et puis, j’ai beaucoup progressé après Pékin… et j’ai encore énormément de choses à apprendre ».

Le tir à l’arc, un sport mental

Quand on demande à Romain Girouille d’évaluer l’importance du matériel, de la technique et du mental au plus haut niveau de son sport, il passe rapidement sur les deux premiers aspects : « Le matériel n’est pas très important. Nous avons tous du haut de gamme. La technique permet de diminuer le nombre d’erreurs ». Arrive la question centrale : « Gérer la compétition, avoir l’envie, contrôler l’adversaire et nos émotions, créer son résultat, ne jamais être impressionné, se persuader que personne n’est imbattable… C’est la partie la plus importante du haut niveau en tir à l’arc. C’est la succession des matches qui fait que l’on prend la main ou pas. Nous ne jouons pas à celui qui tire le mieux, nous jouons à qui fera le moins de boulettes. Nous sommes tous capables d’aligner les 10. Il faut réussir à rester régulier. Avec l’expérience, on peut gérer un match, savoir lever le pied au bon moment. Tout est dans la gestion et dans l’envie ».

Pensionnaire de l’Insep depuis déjà six années, titulaire d’un brevet d’état du 1er degré, décidé à obtenir le DES JEPS (Diplôme d’Etat supérieur de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport) afin de devenir professeur de sport, Romain Girouille se dit prêt à continuer sur deux Olympiades « tant que je serai compétitif ». Il reste pour le moment l’incontestable N°1 français mais apprécie « la concurrence en interne, les petits jeunes qui poussent, l’émulation, car on essaye tous de ne pas se faire « taper » à l’entraînement, cela nous oblige à aller de plus en plus loin ». Pour cela il assure « devoir gratter partout. Pas tant la technique où il ne reste que des petits réglages au millimètre, que le physique, l’endurance et bien sûr… la tête, le domaine où il y a le plus de boulot » !


Romain et Marc...

Cette saison, après le titre continental, il vise les points sur les trois épreuves de Coupe du monde au programme d’ici au mois de septembre afin de participer pour la 3e fois de suite à la grande finale qui clôture la saison et qui réunit les huit meilleurs mondiaux. « Romain est bien trop perfectionniste, mais c’est ce qui le fait avancer » note Marc Dallenbach. « Il est fort techniquement, toujours bien placé, efficace, il a le bon geste avec un bras de levier important, il est fort musculairement. A nous d’avoir la meilleure stratégie, à moi de trouver les bons mots au bon moment ». La réussite de Romain Girouille c’est aussi cette osmose avec son entraîneur, un travail de longue haleine qui n’attend plus que la consécration Olympique…


 

 

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